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Sur la vague du nouveau Maroc

chemins de vie

Zineb, l'ambassadrice des hautes vallées de l’Atlas central, entre l’authentique et l’universel

  • Écrit par Abdeljalil Didi

Zineb Boutkhoum Datcharry - Ouarzazate par A. Azizi

Zineb Boutkhoum Datcharry est la première femme guide de montagnes au Maroc. D’autres volets de sa personnalité sont aussi passionnants que sa réussite professionnelle. C’est le récit de la vie d’une femme engagée, grande dans sa simplicité, sa spontanéité et son esprit de persévérance.

Retour sur le passé, l’enfance

Fille d’un militaire originaire la vallée d’Ait Bougmmaz, région d’Azilal, Zineb est née à Marrakach en 1963. La vie en ville lui a promis un destin différent des filles de son village d’origine grâce à l’accès à l’école. Son parcours scolaire a été sanctionné par une licence en langue arabe. Zineb est consciente du rôle décisif de l’instruction dans sa vie. « Dieu merci, j’ai eu la chance d’aller à l’école grâce à mon père. Des dizaines de filles sont privées de cette opportunité et endurent des conditions difficiles propres aux zones reculées. Sans école, mon destin aurait été scellé d’avance : mariage précoce, corvée quotidienne…. J’ai échappé à l’analphabétisme, à l’ignorance, à l’enclavement et à la marginalisation. Je me suis épanouis» dit-elle.

Enfant, son rêve était d’être reporter de guerre. Zineb était très influencée par son père et très proche de lui. Il reste son modèle. Depuis l’âge de neuf ans, elle suivait fréquemment l’actualité internationale dans un contexte de turbulences politiques. Elle écoutait souvent la radio, notamment sa chaine favorite la BBC Arabe. « Je m’accrochais au petit poste de radio, pour suivre les grandes crises à l’époque notamment la cause palestinienne, la guerre en Irlande et la vie sous le système de l’apartheid en Afrique du Sud… » rappelle-t-elle. Une habitude singulière que Zineb complète avec le plaisir d’écrire des poèmes sur tous les événements marquants la scène politique mondiale à cette période. L’esprit curieux et engagé se laisse donc forger depuis son enfance.

Le renouement avec les origines et le début d’un parcours professionnel

Au terme de ses études universitaires, Zineb devint une interprète pendant quatre ans dans le cadre de la coopération non gouvernementale maroco-allemande. Cette fonction a été pour elle l’occasion de découvrir le grand Atlas et l’Atlas central dans sa diversité ethnique, géographique et culturelle. Une découverte qui a profondément ému Zineb. C’était un coup de cœur, les prémisses d’un retour aux sources. Zineb partait alors en quête de ses origines dans la vallée d’Ait Bougmaz qu’elle ignorait jusqu’alors. De ces moments de retrouvailles pleines d’émotions, Zineb en tira une leçon de vie : ne jamais abandonner ses origines. Déterminée, elle a sa façon de traduire cet incident gravé dans sa mémoire « je suis partie à la recherche de la maison de mes parents dans la vallée d’Ait Bougmmaz. Je frappais à la première porte. Du premier abord, je n’avais pas reconnu ma cousine. Quand ma tante paternelle apparut, je fus médusée. C’était notre maison, ma famille. Dés lors, j’ai juré de ne plus tourner le dos à ma terre d’origine ».

La vallée d'Aït Bougmez par J.P. Datcharry

A cette découverte tardive de ses sources allait s’ajouter un autre incident singulier : en 1993 Zineb intègre le centre de formation des guides visant alors à devenir la première femme guide de montagnes au Maroc. Un choix semé d’embûches au départ plus par la nature des mentalités conservatrices que par les difficultés intrinsèques au métier. A l’époque, pour le citoyen ordinaire comme pour le jury, être guide n’est pas un métier de femme. Zineb en garde quelques souvenirs consternants « le jury m’a dit explicitement que le guide de montagne n’est pas un métier de femmes. Sur un ton qui frôle l’ironie il surenchère que la femme a seulement le choix entre le métier d’institutrice ou d’infirmière. Rien de plus ». En dépit de ces réactions démotivantes, Zineb a réussi à franchir le cap.

Au fil du temps, Zineb s’est forgée une riche expérience qui la place au rang de femme guide chevronnée. Un métier envers lequel elle éprouve une grande considération. Exigeante en matière de déontologie du métier, elle veille tant sur le bien être de ses clients que sur la dignité des populations d’accueil. Pour elle, un guide doit honorer l’image de son pays.

La vallée d'Aït Bougmez par J.P. Datcharry

L’esprit d’entreprise, de citoyenneté et d’ouverture entrent en parfaite symbiose

Zineb a une admiration particulière pour les hautes vallées de l’Atlas central qui ne se réduisent pas à une terre hostile à déserter. Elle met en exergue la beauté naturelle de ces régions, leur richesse humaine et culturelle qui mérite une valorisation durable. L’appellation « la vallée heureuse » résume sa vision valorisante dans toute sa profondeur. Un point de vue réconforté par l’émerveillement dont témoignent des milliers de touristes qui visitent ces vallées.

Cependant, les locaux, eux, n’y voient qu’une zone géographique reculée. Attractivité touristique et exode rural, vallée heureuses et zone enclavée, un contraste que Zineb élucide par l’adage populaire « un chameau ne voit jamais sa bosse. Il voit la bosse des chameaux qui marchent devant lui ». Autrement dit, les étrangers sont plus sensibles à la beauté de ces vallées sous ses différents aspects. Or, les locaux négligent toute cette richesse et sombrent dans le négativisme.

Sans paraitre trop idéaliste, la situation des habitants des hautes vallées de l’Atlas central préoccupe Zineb. Elle plaide pour la création de conditions d’épanouissement au profit de cette population : routes, écoles, eau potable et électricité, hôpitaux … Un moyen pour ne plus penser à quitter les villages pour aller vivre en ville.

Ce souci est traduit concrètement dans son approche d'un tourisme responsable dans la mesure où elle veille à ce que son activité bénéficie économiquement aux habitants : muletier, ânier, guide, chauffeur… l’objectif est de permettre à ces villageois de vivre des ressources que draine l’activité touristique qui s’exerce sur leur territoire.

Zineb s’engage volontairement dans le travail associatif au bénéfice de cette population notamment dans les domaines de la santé, l’éducation, l’eau potable … L’esprit d’entreprise, de citoyenneté et d’ouverture entrent alors en parfaite symbiose. Zineb est à la fois fière de son appartenance, de ses racines, mais aussi respectueuse et ouverte sur les autres cultures incarnées par les touristes qu’elle accueille pour leur faire découvrir la culture plurielle d’un Maroc authentique et tolérant.

Remise d'un prix d'excellence - Ouarzazate 2014En reconnaissance à son parcours, Zineb a été décorée par le Roi Mohamed VI en 2009. A ce prix officiel s’ajoute une autre récompense d’une valeur symbolique : la confiance et l’estime que les habitants des hautes vallées de l’Atlas central ont pour cette femme qu’ils considèrent comme leur ambassadrice.

Zineb est le canal entre les touristes et cette population rurale. Elle traduit dans les deux sens et relie en toute harmonie et fluidité les deux cultures afin de satisfaire et la curiosité des touristes et celle des villageois. « Les habitants des villages me répètent fréquemment que je suis leur ambassadrice. Des clients m’annoncent en toute confiance à la fin d’un circuit : Zineb qu’est-ce que tu nous proposes pour le prochain voyage ?; voilà pour moi une récompense qui n’a pas de prix ».

Cuisinière chevronnée, gérante, guide de montagne, passionnée de calligraphie, actrice de développement local… Zineb multiplie intelligemment les casquettes de femme engagée et active. Elle répond spontanément, sans résistance aucune à l’appel de la nature. Amoureuse de la marche, du contact humain et du partage, décidera-t-elle un jour de raconter dans une histoire autobiographique, joliment romancée, toute sa passionnante vie de femme originaire des hautes vallées de l’Atlas central, à cheval entre une merveilleuse culture traditionnelle et une culture universelle ?

En savoir plus

- Le site web de la maison d'hôtes Dar Daïf

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