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Sur la vague du nouveau Maroc

mémoires partagées

Sous les eaux du lac, un village dort à jamais

  • Écrit par Abdeljalil Didi

L'étonnant récit de Jamal nous rappelle que le lac de Ouarzazate est artificiel et qu'auparavant, il y avait des villages, des familles, des maisons. Seul un vestige de ces constructions anciennes demeure aujourd'hui perdu au milieu des eaux, une casbah devenue île esseulée, un souvenir qui se regarde ainsi de loin.

Lac Mansour Eddahbi Ouarzazate

A la veille de la construction du barrage Elmansour Eddahbi en 1969, le Maroc a procédé à un déplacement massif des familles. Les habitants des douars riverains ont été condamnés à quitter leur terre à jamais. En contrepartie ils ont reçu une compensation. Les villages de  Hbib, Tademrichte, Ghalil, Ait Boudlal, Lharte et d’autres ont été mis en eau. Un vaste lac artificiel a définitivement rayé de la carte des villages très anciens. Une seule bâtisse défie le temps et les eaux. Après plus de quarante ans de la construction du barrage, ce vestige se dresse bravement pour perpétuer le souvenir d’une vie éclipsée furtivement. C’est la casbah d’Ait Idar «  Tighremt N’Ait Idar ».

L’histoire remonte a la fin des années soixante. L’Etat se préparait à lancer le chantier de la construction du barrage Elmansour Eddahbi. Une commission a été chargée de poser les bornes pour délimiter les terrains à dédommager. Lhoussayne Ben Ahmed Ben Abdellah N’Ait Kassi est le propriétaire d'une partie de Tighremt N’Ait Idar. Il l’a achetée aux juifs Avraham et Jacob Ben Iîch N’Ait Ouazana le 18 octobre 1962. La superficie de la maison Ait Kassi est de 1600 m2. La casbah N'Ait Idar faisait partie de Zaouit Ben Yahaya, Firqat Ait Boudlal, Machyakhat Mohamed Brahim. Mais lors du déménagement de la population, le propriétaire n’a reçu aucune compensation sous prétexte que la casbah échappe aux eaux. Ce qui lui donne le droit d’en garder la propriété. «À l’époque, j’ai demandé à la commission chargé du recensement des familles et des terrains à dédommager pourquoi elle nous a exclu de la compensation concernant la casbah. Elle m’a répondu que les eaux du lac n’atteindront jamais la colline sur laquelle la casbah est construite » explique Abderrahman Kassi, fils de Lhoussayne Ben Ahmed Ben Abdellah N’Ait Kassi. 

Jamal KassiAprès le déménagement, la famille s’est installée à Idelsane. Jamal, petit fils de Lhoussayne Kassi, garde en mémoire l’histoire de l’achat de la casbah. Selon lui, son grand père a été déshérité de certaines parcelles de terre. Elles appartenaient à son grand père maternel. Il décida alors de s’engager dans la guerre d’Indochine auprès de la France pour récupérer ses biens perdus. L’argent ramené de l’étranger lui a permis de racheter la terre de ses parents. Il en avait aussi assez pour acheter une partie de la casbah aux juifs en 1962. Ironie du sort, les eaux le dépossédèrent de tous ses biens une fois pour toute.

Le temps et les aléas climatiques effritent les murs délabrés de la casbah.  Mais les Ait Kassi y voient un mausolée d’un autre genre. Elle est la seule trace qui leur rappelle leurs origines, le temps vécu sur la terre qui les a nourris et les a fait grandir. C’était une terre fertile. Même aux périodes de sécheresse, les eaux n’y manquaient pas. Un fil d’eau coulait toujours dans l’oued. Ils y voient également la plaie qui ne cesse de se raviver. Le drame a été déclenché par les Bbulldozers D8 et D9 qui ont déraciné des milliers d’arbres. Par la dynamite qui a réduit tout en poussière. Jamal Kassi paraphrase son père qui préfère garder silence : «  certaines familles n’avaient pas le courage d’assister à la destruction impitoyable de leur terre. Elles ont décidé de partir les mains vides. Elles n’y ont jamais mis les pieds après ».

À partir de 1989, les eaux ont encerclé complètement la vieille citadelle. Elle est devenue un îlot difficile d’accès. La famille Kassi désire tant se recueillir dans ce foyer ancestral. Mais les eaux qui l’ont arraché à sa terre l’empêchent aussi de visiter ce qui en reste.  La nostalgie de la terre irrécupérable ronge Lhoussayne, ses frères et leurs enfants. Son fils Jamal est enchanté par le murmure de la casbah de ses aïeuls. Il s’y accroche impétueusement. C’est l’appel ensorcelant et irrésistible de la terre natale qui le séduit. 

Le lac de ouarzazate - par A. Bourzik pour almaouja.com

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