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Ouarzazate, une ville qui agonise

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Par : Mohamed Amine HAFIDI

La ville de Ouarzazate traverse une situation socio-économique catastrophique. L’industrie cinématographique est en panne et l’activité touristique ne cesse de se dégrader. Une agonie structurelle qui se confirme ces dernières années et qui se poursuit en ce début d’année. Les principaux chiffres relatifs au secteur confirment cette descente aux enfers et augurent d’une année 2013 sous le signe de la déprime.

Selon l’Office national des aéroports (ONDA), le nombre de passagers ayant transité par l’aéroport international de Ouarzazate en janvier dernier s’est établi à 3 212 contre 4 239 voyageurs durant la même période de 2012, soit une baisse de 24,22%. Cette dépréciation est due au déclin du nombre de passagers ayant utilisé des vols réguliers nationaux qui ont baissé de 17,36%. Quant aux nombre des vols charter, l’ONDA nous informe qu’il y a une forte dépréciation, avec 0 voyageur contre 111 durant la même période de l’année dernière. Pour le mois en cours, un employé de l’aéroport de Ouarzazate qui requiert l’anonymat, nous confirme que la situation empire. Il nous confie que 8 charters étaient prévus au départ de Hamburg, mais il ne s’agira que de 4 maintenant. « Les vols se font de plus en plus rares et les passagers se comptent au compte goutte. D’ailleurs, pour cette semaine, seulement 2 charters sont programmés », nous déclare-t-il.

Une hausse illusoire des nuitées en janvier

Pour ce qui est de l’activité touristique, selon les derniers chiffres récoltés par l’observatoire du tourisme, les nuitées totales enregistrées dans les établissements d’hébergement touristique classés dans la ville, ont augmenté considérablement de 16% en janvier 2013 par rapport à la même période de 2012. Une hausse illusoire si on se penche sur la base comparable. En janvier 2012, les nuitées ont chuté de 28% par rapport à janvier 2011. Ce qui veut dire que les nuitées s’inscrivent toujours en baisse de 2 chiffres en 2013. Le taux d’occupation a effectivement augmenté par rapport à 2012 mais avoisine les 14%, alors qu’il n’était que de 10% une année auparavant. Un taux d’occupation ridicule, selon nombre de professionnels sondés, qui ne couvre même pas les charges des établissements hôteliers. Pour rappel, il y a 10 ans, ce taux d’occupation avoisinait les 50%. «Bien que la haute saison débute ce mois-ci jusqu’à juin, nous ne prévoyons pas de reprise. Nous nous efforçons à être présent sur internet mais l’aérien ne nous aide pas. Nous n’avons pas de visibilité quant à cette crise qui sévit dans la région », nous déclare Franck Coron, directeur du Sultana Royal Golf. Même avis de la part d’un employé du restaurant Les 3 Thés de l’hôtel Azghor. « La situation est de plus en plus dramatique, même si on est en haute saison. Cela fait 3 ou 4 ans qu’on vit cette situation de crise. Nous n’avons que 8 à 10 clients en moyenne par jour dont la plupart sont des étrangers. De même, la production cinématographique n’est plus comme avant. Ils ne viennent que pour quelques semaines pour des petites productions », regrette-t-il.

Les contraintes qui plombent l’attrait de la région

Mais comment cette ville aux potentialités touristiques énormes grâce à son folklore, son climat et ses Kasbahs, vire aujourd’hui vers une crise profonde qui perdure dans le temps ? Plusieurs éléments déclencheurs sont à mettre en lumière, selon Zoubir Bouhoute, directeur du conseil provincial du tourisme (CPT) de Ouarzazate. « L’investissement ne suit pas et plusieurs projets sont gelés, sans parler des hôtels qui ferment à tour de bras. Actuellement, 5 hôtels ont fermé. Plusieurs hôtels sont impactés par des difficultés financières et sont énormément endettés. Il y a également des problèmes liés au non respect de la réglementation du travail, la dégradation de la qualité des prestations, les problèmes des liaisons aériennes et terrestres, le manque de promotion de la destination, le manque d’animation et également une mauvaise organisation du secteur », nous énumère Bouhout. Des problèmes confirmés du côté de la FNT (Fédération nationale du tourisme). Son président Ali Ghannam nous précise que des mesures urgentes doivent être prises vis-à-vis de Ouarzazate. «Si on ne connecte pas cette destination à travers la construction de routes, de tunnels, et avec un renforcement de l’aérien, cette région restera enclavée d’une manière catastrophique », prévient Ghannam. Sur ce registre, le CPT de Ouarzazate a dressé une liste de besoins et des mesures prioritaires qu’il faudra prendre à très court terme. Pour les unités hôtelières, il est urgent d’examiner les possibilités d’allègement de l’endettement des unités et trouver des compromis avec le CIH, et les banques pour sortir des situations de redressement judiciaire. « Dans le même ordre d’idée, il serait souhaitable de proposer un rééchelonnement et des facilités de paiement pour la CNSS, les impôts et les taxes locales, avec exonération des pénalités et frais de retard », poursuit Bouhout avant d’ajouter qu’il est souhaitable aussi de faire bénéficier à la région de Ouarzazate des mesures incitatives sur le plan fiscal. Ces mesures permettront aux entreprises en exercice de surmonter la crise et faciliteront l’attraction d’autres investisseurs. Les établissements doivent en contre partie procéder à des rénovations et des mises à niveau en vue de rehausser la qualité des prestations proposées aux touristes.

(...)

Il faut agir, maintenant !

Quoi qu’il en soit, pour ne plus reproduire ce genre de scénarios et pour venir à bout de cette crise, la CDT (Confédération démocratique du travail), la FNT (Fédération nationale du tourisme) et le CPT de Ouarzazate ont rencontré le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, en début de semaine (voir encadré). Le gouvernement semble enfin décidé à prendre le taureaux par les cornes, après avoir fait la sourde oreille depuis plusieurs années. « Une omerta de la part des autorités qui a conduit à une agonie et une situation très catastrophique dans la région. Certains hôtels réalisent des taux d’occupation de 10% et plusieurs établissements ont déclaré faillite. Pourquoi a-t-on tardé pour ouvrir ce dossier et sauver cette destination ? », se désole un professionnel du secteur. La réponse pourrait se situer dans la complexité de la situation, la diversité des enjeux et des responsables de cette crise ainsi que les pouvoirs de force et les conflits d’intérêts. Maintenant, il s’agit de trouver ensemble, secteur public et privé, des solutions concrètes et immédiates. Les ministères du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport et de l’Equipement, le ministère des Finances, les autorités locales, le conseil régional de Souss Massa Drâa, la Royal Air Maroc, les syndicats, la CGEM, les professionnels, la FNT, l’ONMT, la SMIT… tous, ont un rôle à jouer pour sauver Ouarzazate. Alors il faut agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard !

 

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