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Sur la vague du nouveau Maroc

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Zakaria Fahim : "L'auto-entrepreneuriat est un projet de société au Maroc"

Vu sur : econostrum.info

Dirigeant de BDO, société d'audit et de conseil, Zakaria Fahim s'implique fortement dans le monde patronal. Cet expert-comptable de formation siège au bureau exécutif de la Confédération générale des entreprises du Maroc et a créé Hub Africa, le premier salon des entrepreneurs d'Afrique. Invité à Marseille lors de la rencontre annuelle des experts-confiance de Finances & Conseil Méditerranée, il évoque pour econostrum.info la difficulté des Marocains à basculer dans l'entrepreneuriat et se félicite de l'arrivée prochaine du statut d'auto-entrepreneur dans son pays.

Econostrum.info- Comment se porte l'entrepreneuriat au Maroc ?

Zakaria Fahim : Le gouvernement marocain a enfin compris l'importance de l'entrepreneuriat et qu'il ne s'agit pas uniquement d'un effet de mode, d'un discours politique mais qu'il faut lui donner du contenu. Donc depuis quelques années, il écoute la société civile, les acteurs de l'entrepreneuriat et les jeunes entrepreneurs qui ont pris des initiatives et ont poussé à la mise en place d'un éco-système.

Le Maroc travaille aujourd'hui sur un Small business act qui doit sortir de façon imminente.

Econostrum - Quels sont aujourd'hui les freins au développement de l'entreprise privée ?

Z.F. : Les principaux freins restent d'abord psychologiques. Nous avons toujours considéré au Maroc que l'entreprise était une affaire de famille et qu'il fallait avoir de l'argent avant d'avoir des idées. Le fait de réaliser de plus en plus en amont, notamment au collège, des initiatives qui ouvre les Marocains sur ce qu'est un entrepreneur, sur les possibilités de lancer un projet même s'il ne marche pas avec le droit à l'erreur et à l'échec, permet aux Marocains de mieux appréhender le métier d'entrepreneur.

Mais, l'absence de cadre, une défiance entre ceux qui pensent avoir des idées et qui ont la "gnaque" et ceux qui possèdent de l'argent et sont souvent établis pose encore problème. Il va falloir réconcilier ces deux mondes pour remettre l'épargne dans le système économique et donner un peu de sang neuf. Tout ceci prend du temps.

"L’État doit donner le ton"

Econostrum - Sommes-nous toujours dans une logique de discours où des signes d'évolution apparaissent ?

Z.F. Nous sommes sur la bonne voie, mais tout au début de la route. Nous entendons, par exemple, beaucoup parler d'essaimage des grandes entreprises et il existe aussi des formations à l'entrepreneuriat dans les universités et les écoles.

Même s'il ne faut surtout pas oublier que donner envie c'est bien, mais à condition de savoir mettre en face un accompagnement global. C'est ce qui manque. La mise en réseau devient alors importante pour lutter contre l'isolement des entrepreneurs car, nous sommes à 90% des Tpe alors que les Marocains ne voient que les ténors et n'ose pas venir s'y mêler. Rompre l'isolement demeure un des leviers pour élargir la base.

En parallèle il va falloir que l’État donne le ton que ce soit dans le dispositif politique mais aussi sur les fonds d'amorçage qui n'existent pas encore de façon suffisante au Maroc. Résultat, beaucoup de futurs entrepreneurs travaillent sur des fonds personnels très faibles et se retrouvent obligés soit de redimensionner leur projet, soit de repartir sur des projets à faible valeur ajoutée ne nécessitant pas de fonds.

Cela contribue à l'éco-système. Mais, comme dans un orchestre, il faut que tout se mette en musique en même temps. Nous avons l'impression que, pour le moment, chacun joue sa partition. Le plus important n'est pas que chacun dise ce qu'il faut faire mais que chacun le fasse ensemble. Encore une fois, tout ceci prend du temps mais, heureusement, certains points fonctionnent et nous les mettons en avant.

Recevoir au Maroc pour la première fois en Afrique le Global Entrepreneur Summit, un Forum lancé par Obama, démontre qu'il existe une reconnaissance sur le fait que le Maroc peut être un hub et qu'il se passe des choses. Ce type de visibilité encourage les Marocains à entreprendre. Il existe une dynamique, une volonté, il ne faut pas maintenant que la mayonnaise retombe. Comme dit le proverbe, "la mer est derrière vous et l'ennemi est devant vous", donc il faut se battre et je pense que c'est le moment !

Nous pouvons créer un écosystème pour les entreprises avec des outils comme l'auto-entrepreneur, la finance islamique avec les business angels, Vous l'avez dit, il faut maintenant sortir du discours.

Les grands entrepreneurs qui ont réussi se sont tous plantés au moins trois fois. On ne réussit pas du premier coup. L'entrepreneuriat ce n'est pas comme le Loto. Ne pas réussir reste une expérience et tout l'intérêt demeure de savoir comment recapitaliser dessus, comment rebondir pour pouvoir relancer un nouveau projet et peut être au bout du deuxième ou du troisième devenir un entrepreneur qui a réussi. Les jeunes doivent le comprendre.

"La dimension interculturelle demeure très importante"

Econostrum - Au Maroc, comme dans d'autres pays méditerranéens des rives sud, nord ou est, existe le problème de l'informel. Comment persuader ces Marocains de revenir dans le formel ? Par l'auto-entrepreneuriat que votre pays va mettre en place ?

Z.F. : L'auto-entrepreneuriat est un projet de société. Il va permettre à des jeunes qui se trouvaient dans l'informel de sortir par le haut, ils quitteront l'informel car le Maroc va leur offrir une couverture sociale, un accès au système bancaire, aux aides, et ils vont être visibles.

Nous appelions de nos vœux un véhicule qui en amont assure à ceux qui veulent créer de ne pas tomber dans l'informel. Ce véhicule de l'autoentrepreneuriat se veut simple : j'arrête, je débranche et je m'en vais. Et si je me développe, je peux passer d'auto-entrepreneur à entrepreneur de façon fluide.

80% des personnes travaillant dans l'informel demeurent des hors la loi malgré eux. Ils étaient des oubliés à cause du fort chômage et ils voulaient survivre. Les plus coriaces s'en sortent et se trouvent un peu piégés car, à cause de l'administration fiscale très contraignante, comme une épée de Damoclès, ils ont peur de sortir de l'informel et donc ne créé pas des champions ou des ETI. Ils restent des Tpe car ils disent si je sors trop la tête, on va me la couper.

Econostrum - Parmi vos multiples casquettes, vous avez celle d'organisateur de Hub Africa*. Pourquoi avoir créé ce rendez-vous ?

Z.F. : Hub Africa se voulait un peu une réponse à toutes vos questions ! Si nous voulons aujourd'hui promouvoir le Maroc comme hub, prouver que se sont les entrepreneurs qui créent de la valeur et qui mettent l'économie au service de l'homme, il va falloir le démontrer en faisant témoigner des chefs d'entreprise qui ont réussi, en montrant le parcours d'un jeune créateur, en faisant venir des Africains.

La dimension interculturelle demeure très importante. Un entrepreneur ne peut plus s’arrêter sur des petits pays. Vous le voyez avec le Maroc, la Tunisie et même l'Algérie, nous restons des petits marchés. Il va falloir comprendre que mon marché, c'est mon continent. Et là, avec Hub Africa, nous avons une superbe opportunité. Le Maroc a cru à l'Afrique à travers les banques, un certain nombre d'opérateurs comme les assurances et quelques grandes entreprises comme la Royal Air Maroc. Ces ouvreurs de portes doivent maintenant accompagner des Pme et Hub Africa se veut le hub de l'entrepreneuriat pour titiller les politiques, pour asseoir des dispositifs comme les business angels, le crowdfunding sur lequel nous allons travailler lors de notre prochaine édition, mais aussi dire qu'il faut profiter de la crise actuelle pour développer des triangulaires intelligentes. Des Pme disposent d'une expertise, des entreprises cherchent un relai pour aborder le marché du Maroc, nous allons les rapprocher pour qu'elles engrangent un peu avant de rebondir en basculant en Afrique sub-saharienne.

Le Hub Africa c'est vraiment donner cette vision !

Lu sur www.econostrum.info

 

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