Menu

Sur la vague du nouveau Maroc

tribune libre

Rosetta murmure au coeur du Maroc ; et il ne le sait pas

  • Écrit par Eric Anglade

Tchouri vue depuis la Terre grâce à l'un des plus grands télescopes du monde, situés au Chili, le 11 août 2014 - Crédit : C. Snodgrass/ESO/ESA

Quelque chose d'unique vient de se passer qui aurait mérité que chacun et tous ensemble réunis au Maroc stoppions toute activité pour lever le regard vers le ciel et, ne serait-ce que 5 minutes, en silence fixer notre attention sur ce qui se tramait alors tout en haut, loin très loin dans l'espace : ce 12 novembre 2014, Rosetta, l'engin spatial lancé depuis la Terre le 2 mars 2004 par une fusée Arianne 5, lâchait Philae, la sonde arrimée à lui depuis déjà 10 années, pour qu'il aille se poser quelque kilomètres plus bas, sur la comète dénommée Tchouri ; comète qui elle, et depuis la création du système solaire, tournait et tourne encore autour de notre étoile.

Philae, après quelques heures de chute, toucha le sol de Tchouri à près de 6 mètres du point visé.

Il se mit ensuite à rebondir comme une balle car la force de gravité ressentie sur cet astre est telle que son poids équivaudrait à quelques grammes sur notre planète. Au bout du deuxième rebond, il stoppa sa course sur un endroit en pente à tel point que seuls deux de ses trois pieds touchaient le sol. Il réussit malgré tout à se stabiliser et ainsi mis en son équilibre, il put entamer sans tarder la mission pour laquelle il était venu jusqu'ici, et avait parcouru, lové contre Rosetta, plus d'1 milliard de kilomètres : réaliser une série d'expériences scientifiques grâce à ses appareils embarqués.

L'expérience la plus spectaculaire, et la plus attendue, consista à forer le sol de la comète, d'en retirer un petit tas de poussières pour le ramener en son intérieur afin qu'un instrument particulier, quelque chose comme un four avec des capteurs, puisse analyser l'échantillon.

La première photo prise à la surface de Tchouri par les appareils de Philae. - Crédit : ESA/Rosetta/Philae/CIVA

La première photo prise à la surface de Tchouri par les appareils de Philae. - Crédit : ESA/Rosetta/Philae/CIVA

Le robot réalisa la majeure partie de ses expériences et réussit à envoyer les données à l'engin spatial Rosetta alors en orbite autour de la comète, données qui furent ensuite renvoyées sur Terre jusqu'aux centres techniques de l'Agence Spatiale Européenne, opérateur de cet extraordinaire projet qui s'apparente à ces grandes aventures que notre humanité est capable de vivre, semblable à ces grands défis que notre humanité est capable de relever et de réussir.

Le signe clair que notre humanité est vivante et croissante.

A ces heures de grande dépression pour cette même humanité, alors que s'étale au grand jour la barbarie dont l'humain est capable, au nom de tous les dieux - raison, argent, pouvoir, plaisir, alors que la médiocrité est depuis bien longtemps déjà la ligne de jauge de nos sociétés humaines, être témoin de cet exploit scientifique est plus qu'une bouffée d'air frais. C'est le signe clair que notre humanité est vivante et croissante.

Rosetta vue depuis les appareils de la sonde PhilaePiloter ainsi Rosetta et Philae comme l'ont fait les équipes de l'ASE à distance de près de 500 millions de kilomètres, soit plus de 3 fois la distance qui sépare la Terre du Soleil, n'est pas seulement une prouesse technique, c'est avant tout un exploit mental qui est finalement la vraie gageure de cette histoire.

La réussite de la mission, c'est la cible atteinte en son centre par une flèche lancée il y a 20 ans après un parcours de 1,5 milliards de kilomètres dans l'espace, la cible mesurant elle-même quelques kilomètres et se mouvant à 50 000 Km / h dans l'espace infini, à nos yeux de terriens, de notre maison mère, notre système solaire.

Autant le redire une fois tant le goût en est succulent : Philae a fait mouche à 6 mètres.

Chapeau bas l'ASE ! Bravo les artistes !

Et pourquoi cette gigantesque olympiade, digne scénario de tous les Hollywoods de la Terre ? 

L'enjeu de la mission est de recueillir des informations sur l'origine de la vie sur Terre, partant du constat que les comètes sont constitués de matériau qui remonte à la période de création de notre système solaire et de notre planète, il y a 4.56 milliards d'années. L'équation posée par les scientifiques est la suivante : ces comètes n'ont cessé de répandre sur la Terre des bouts d'elles-mêmes et sont donc partie prenante de notre propre constitution. Savoir ce qui de nous vient de ces comètes, créées en même temps que notre Terre, nous permettra de comprendre un peu mieux ce que nous sommes.

Le" qui nous sommes ?", c'est l'aventure elle-même qui nous le dit : nous sommes des êtres vivants doués pour le pire comme pour le meilleur, dotés de l'outil idéal, une tête, pour exister dans l'infini Univers, mûs justement par une insatiable soif de comprendre ce qui se passe dans la vie et parfois, si rarement, aptes à faire briller entre eux le feu ardent du coeur pour réussir un impossible ouvrage.

Le marocain doit retrouver la capacité à s'émerveiller

C'est tout cela le projet Rosetta et c'est tout cela que les marocains auraient du admirer, ne serait-ce que 5 minutes, pour se sentir fiers et heureux comme l'ont été de nombreux humains, terriens. Certes les medias marocains n'en n'ont pas parlé mais on peut imaginer qu'ils n'auraient même pas parlé de Christophe Colomb en son temps.

C'est une erreur car Rosetta, son aventure et ses découvertes, appartiennent à l'humanité et donc aussi aux marocains. Et le marocain, comme tant d'autres, a besoin de retrouver capacité à s'émerveiller pour le génie humain. Il a besoin de penser aussi à autre chose que lui-même. Il a besoin de s'enthousiasmer pour le défi collectif de l'humanité. Il a besoin de devenir curieux de comprendre l'inconnu, et de ne plus avoir peur de lui.

Rosetta, c'est tout cela.

Un scientifique français expliquait lors d'une émission de télévision le pourquoi de son profond et durable émerveillement : "l'histoire de Rosetta nous aide à aimer l'humanité, l'effort et le rêve".

Et il se murmure déjà que Philae, de son petit tas de poussières glacées qu'il est allé saisir sur la peau de la comète Tchouri, aurait découvert la présence de molécules complexes constituées de carbone, les briques du vivant connu sur Terre.

Le temps de l'émerveillement ne fait que commencer.

Le 12 novembre 2014, le bonheur des chercheurs de ce centre de contrôle de l'ESA, en Allemagne - Crédit : ESA–Jürgen Mai

En savoir plus

- La mission Rosetta sur Slate.fr

- L'Agence Spatiale Européenne

 

Voir tous les articles "Tribune libre"

A découvrir

apiculteur-indexLe discours du Roi devrait résonner jusqu'en Israël, et plus encore ...

يجب أن يتردد صدى خطاب الملك حتى إسرائيل و أبعد من ذلك...

 

Pour contacter la rédaction : notre formulaire en ligne

 

Sur le web

Suivez
almaouja
La page facebook d'almaouja.com
Abonnez vous à la newsletter almaouja
Combien de jours dans la semaine ?
Nom :
Email :