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Sur la vague du nouveau Maroc

tribune libre

Et si l'écologie était finalement le premier devoir de l'humain envers Dieu ?

  • Écrit par Eric Anglade

Une fois de plus, le pape François vient d'entreprendre un acte révolutionnaire qui devrait faire date dans l'histoire de l'humanité. Ce jeudi 18 juin 2015 a été diffusée sa lettre encyclique consacrée à l’environnement et intitulée "Laudato si (Loué sois-tu) sur la sauvegarde de la maison commune".

Une encyclique, du grec kuklos / cercle, est un document programmatique adressé à l'ensemble des fidèles de l'Eglise catholique, une lettre circulaire donc ; et celle ci, la première du pontificat de François est pour le coup plus que circulaire puisqu'elle se veut globale, planétaire. Pape François en effet s'adresse à toute la famille humaine (13), à tous les gouvernements, à toutes les religions, à toutes et à tous, et dans cette solennité exceptionnelle, il nous engage à nous réveiller pour ensemble sauver notre planète de la destruction, et à le faire sans plus attendre.

Le règne de l'interdépendance et de la responsabilité

La dimension révolutionnaire de son geste réside certes dans la nature de ses propos qui vont jusqu'à détailler la feuille de route pour parvenir à une écologie intégrale mais c'est avant tout l'esprit même de son initiative qui fera sans aucun doute effet sismique sur la pensée humaine. En effet, jamais depuis leur origine, une religion du Livre, une parmi les 3 religions monothéistes, n'a ainsi affirmé et assumé la responsabilité de l'humain vis à vis de la Nature et des autres règnes du Vivant. Il faut reconnaitre que le paradigme écologique est précisément aux antipodes de celui des religions. Ces dernières fondent leur mission, et leur pouvoir, sur le concept du salut individuel. Tout de l'existence humaine concoure ainsi à un seul horizon, celui du jugement dernier avec comme unique enjeu, gagner ou perdre son paradis. L'écologie exige une inversion totale des valeurs de l'existence puisque la loi principale est celle de l'interdépendance de l'un vis à vis de l'ensemble, et la vertu majeure est celle de la responsabilité, de l'un vis à vis du tout.

Là fini le règne du chacun pour soi et là commence l'histoire de l'humanité Une.

Pape François a choisi les mots pour le dire sans ambigüité. La destruction écologique est le fruit de l'orgueil humain, de son despotisme, de sa soif de puissance qui le fait tenir en soumission tout ce qui participe à la réalisation de son désir personnel. L'encyclique rappelle que le désastre écologique porte préjudice avant tout aux plus pauvres, pays comme individus. Elle rappelle que c'est la consommation compulsive des pays riches qui a fomenté l'actuelle culture du déchet et que le réchauffement causé par l’énorme consommation de quelques pays riches a des répercussions sur les endroits les plus pauvres de la Terre, spécialement en Afrique (51).

Pape François déclare : La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir (21).

Une nouvelle solidarité universelle

Il était temps que l'Eglise catholique se réveille, elle dont le berceau humain, les sociétés européennes, aura noyé la planète depuis le 19ème siècle sous les émanations de charbon. Certes, le chemin sera encore long et c'est bien aux Etats Unis, pays le plus pollueur et qui a osé graver sa foi en Dieu sur ses billets de banque, que les plus virulentes critiques déjà s'expriment contre les positions de Pape François. Et il n'y a rien d'étonnant que ces critiques proviennent des milieux conservateurs américains les plus religieux, ceux qui justement détiennent l'industrie du pétrole, ceux qui justement auront pactisé et pactiseront jusqu'à la fin avec les pays du Golfe arabique, producteurs de pétrole, autre point d'origine et de responsabilité de la destruction écologique planétaire, et autre point berceau d'une des religions du Livre.

Face à cette intime relation entre les pauvres et la fragilité de la planète (16), et face à l'urgence des risques, ceux du climat, ceux de l'eau potable, ceux des migrations de population, ceux des déchets plastiques qui envahissent nos océans ... la réponse proposée par l'encyclique papale est claire : il nous faut une nouvelle solidarité universelle (14).

Et puisque les appels au bon sens ne produisent aucun effet, Pape François va plus loin. Face à la globalisation de l’indifférence (52), il va jusqu'au bout du point où s'opère le choix radical entre l'égoïsme et l'altruisme, il parle au coeur de l'humain : la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure (217).

Accomplir le devoir de sauvegarder la création

Cette conversion intérieure ne concerne plus sa propre Eglise, elle ne s'adresse plus à sa propre foi, elle ne repose plus sur la prétention à se dire le détenteur de la vérité.

Cette conversion tient en un regard, celui qui fait voir à chacun, soudainement, que tout ce qui est de la Terre, de la Nature et du Vivant, est de l'ordre du magnifique. La création de Dieu est l'expression du génial et du beau et tout ce que Dieu a créé mérite notre respect permanent, arbres, animaux, fleurs, montagnes, vallées, oasis, cascades, dunes ...

Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste. Quand quelqu’un n’apprend pas à s’arrêter pour observer et pour évaluer ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout devienne pour lui objet d’usage et d’abus sans scrupule (215).

Cette conversion intérieure tient en une prise de conscience, celle que tout repose entre nos mains, que tout repose sur nos habitudes, sur notre manière de vivre, notre manière de penser. L'humain, par le choix qu'il fait de son mode de vie, est la clé de la destruction ou de la sauvegarde de la création de Dieu.

Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée (225).

Cette conversion, enfin, réside sur un nouveau logiciel, celui du mieux, et non plus celui du plus. Pape François appelle à rénover le paradigme central de nos sociétés humaines aujourd'hui en souffrance, congestionnées par le trop plein. Le destin de l'humain, création de Dieu, ne serait pas de se goinfrer de plaisirs et autres sucreries, jusqu'à avaler tout du monde, mais son destin serait celui d'une sobriété heureuse et tranquille, un parmi le tout de la création de Dieu.

Une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre ... Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs (222).

Tout ceci ressemble bel à bien à une révolution.

Les pays du monde vont se réunir prochainement à Paris pour la conférence sur le climat (COP 21) et l'année prochaine à Marrakech, au Maroc, pour la COP22. Espérons que leurs dirigeants auront entendu l'appel de Pape François et qu'ils garderont à l'esprit que la Terre, la Nature et le Vivant ont quelque chose de sacré qui nous impose révérence et respect.

Et pour ce qui nous concerne, nous les Fils et les Filles d'Adam, entendons cet appel insolite à une fraternité universelle et faisons briller dans le foyer de notre maison commune le feu du renouveau.

 

A lire

- L'encyclique "Laudato si" sur la sauvegarde de la maison commune

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