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Sur la vague du nouveau Maroc

tribune libre

Il est temps de réagir pour sortir le tourisme de l'agonie dans la région Sud Est du Maroc

  • Écrit par Philippe Voisenet

Le désert de M'hamid El Ghizlane par A. Azizi

Philippe Voisenet est expert en développement touristique territorial et administrateur délégué de l’ONG Tourisme Sans Frontières en charge de la coordination des actions sur le Maroc. Fidèle contributeur d'almaouja.com, il réagit ici au débat lancé par la publication de l'interview du directeur du Conseil Provincial du Tourisme de Ouarzazate.

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L’article « le tourisme à Ouarzazate : bilan et perspectives » publié le 25 janvier dans Al Maouja et les réactions qu’il a suscitées, m’incitent à réagir fortement. En effet, comment assister à la disparition du tourisme, activité essentielle pour la santé économique de toute la région, sans être révolté, sans se sentir concerné ? Que feriez-vous si vous voyez un ami qui vous est cher, disposant pourtant de réels potentiels physiques et intellectuels, se laisser dépérir parce qu’une profonde dépression l’empêche de réagir ? Vous prendriez vos responsabilités et réagiriez pour son bien, sa survie. C’est dans cette logique que se situe ma vive réaction. Il est encore temps, mais il faut agir très rapidement.

Il y a près d’un an s’est déroulé à Zagora le « 1er forum international du tourisme durable ». Nombre de ceux qui y ont participé - j’en faisais partie – étaient convaincu que ce remarquable forum allait constituer le point de départ d’une refondation du tourisme dans toutes les provinces du sud-est. Or, qu’en reste-t-il ? Oh, certes, de belles rencontres, des analyses pertinentes, le constat des remarquables potentiels d’attractivité de ces territoires, des échanges forts, des visions prospectives cohérentes, l’affirmation de l’impérieuse nécessité d’engager les choses rapidement ? Mais sur le plan des réalisations, de la mise en œuvre de ce qui s’est dit : RIEN ! La situation de l’activité touristique est toujours aussi grave, des chiffes effrayant sont là (comment les hébergements classés peuvent-ils survivre avec des taux d’occupation aussi bas ?). Mis à part quelques succès individuels, globalement, en matière d’activité touristique l’électrocardiogramme est toujours pratiquement plat.

Au-delà des constats, rien ne change et personne ne passe à l'action

Comment cela est-il-possible, alors qu’il y a encore deux décennies, les provinces de Zagora et de Ouarzazate étaient des destinations majeures du Maroc ? Si le constat de la gravité de la situation est unanimement partagé, les acteurs du tourisme sont encore à discuter, voire à se chamailler sur les raisons de cette situation.

Pour certains acteurs du tourisme, les causes en sont exogènes : « c’est la faute du CRT qui concentre tous ses moyens sur la promotion d’Agadir, alors qu’aucune de ses actions ne nous concerne », « C’est parce que notre région est enclavée, l’état ne fait rien pour faciliter son accessibilité : tunnel sous le Tichka, développement de liaisons aériennes… ». Or, ces faits ne sont pas nouveaux ! Il y a deux décennies, il n’y avait pas plus de promotion du tourisme des provinces « intérieures », l’accessibilité n’était pas meilleure, mais l’activité touristique était autrement florissante.

D’autres acteurs de plus en plus nombreux, pensent que les raisons sont endogènes : « le tourisme et les touristes d’aujourd’hui ont changé et pas nous », « nous n’avons pas su nous adapter », « nous avons une multitude d’éléments d’attractivité, mais nous n’avons pas d’offre lisible », etc. Ils ont raison ! Mais au-delà de ce constat rien ne change, personne ne passe à l’action.

Permettez moi, une image : nous sommes dans la situation d’un restaurant qui dispose d’ingrédients de qualité permettant de réaliser de nombreux plats susceptibles de satisfaire des clients exigeants, qui dispose d’une brigade de cuisine comprenant quelques excellents professionnels, mais qui sans chef de cuisine et faute de s’entendre sur les menus à réaliser et sur l’organisation du travail, n’est jamais en mesure d’offrir à l’heure convenue un menu .répondant aux attentes des clients…

Rien ne pourra être fait sans la bonne gouvernance

Le désert de M'hamid El Ghizlane par A. Azizi

Vous allez me répondre, et ce sera juste : « Alors, dotons nous d’un menu, c'est-à-dire d’un projet, d’une stratégie ». Bien sûr, et je suis convaincu, connaissant les compétences d’un grand nombre d’acteurs de vos territoires - qu’ils soient hébergeurs, prestataires d’activités, responsables d’associations culturelles, institutionnels, élus, etc. - qu’une stratégie de développement pertinente pourrait être élaborée. Mais, rien ne pourra être fait sans la bonne « gouvernance » de la démarche. Cela implique d’une part, un travail collectif, en totale concertation (pour cela il faudra faire table rase de toutes les dissensions passées, des blocages interpersonnels, faire fi des intérêts particuliers à court terme) et d’autre part une animation de la démarche par un professionnel capable de centrer en permanence la réflexion sur l’intérêt collectif. En l’occurrence, en tant qu’expert du développement local, cela fait longtemps que je ne crois plus à la pertinence de la maxime, comme quoi au royaume des aveugles, le borgne est roi. La réussite du borgne n’est que très relative. Les vraies réussites individuelles sont toujours plus absolues dans le cadre d’une dynamique globale de développement.

Il faut se doter d’un esprit d’équipe

Alors comment s’y prendre, pour enclencher la démarche ? Un événement fort, comme l’a été le forum de Zagora, réunissant toutes les parties prenantes, pourrait en être le déclencheur. Toutefois, il ne devra pas se limiter à de beaux discours, à des analyses aussi pertinentes soient-elles, à la formulation de belles préconisations de principe, mais être complété par des ateliers arrêtant concrètement les modalités et le processus de la démarche d’élaboration de la stratégie de développement du tourisme.

Vous pouvez sauvez l’activité touristique de vos territoire, pour cela, il faut le vouloir et vous le voulez ; il faut se doter d’un esprit d’équipe et vous le pouvez !

Notre ONG, Tourisme Sans Frontières, est prête à accompagner les acteurs du développement pour cette étape préalable à la renaissance du tourisme de la province afin qu’il reprenne sa place de moteur de l’économie locale.

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