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Sur la vague du nouveau Maroc

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Exposition des calligraphies de Mohamed Charaf

  • Écrit par La rédaction

Mohamed Charaf est originaire d'un village près de Tinghir et enseignant en sciences de la Terre dans un lycée de Ouarzazate. Depuis plus de vingt années, il est aussi artiste peintre calligraphe et a exposé ses oeuvres dans différentes galeries du Maroc et de France. Il organise un nouveau rendez vous d'exposition dans la galerie d'art du restaurant Côté Sud avec un vernissage prévu ce samedi 1er février 2014 à 18.00. Almaouja.com publie à cette occasion un entretien réalisé pour la revue Maroc Amazigh entre Mohamed Charaf et Moha Mallal, deux artistes acteurs du métissage de la culture arabe et amazigh.

Moha Mallal - Comment étaient vos débuts artistiques ?

Mohamed Charaf - Je ne me considère pas comme un artiste, mais plutôt un amoureux de l’art. Cependant, j’essaye de contribuer dans la mesure du possible au développement de notre région du Sud Est du Maroc. Depuis mon enfance, je m’opposais à certaines idées dont nous avions héritées et qui nous interdisaient de pratiquer le dessin, et plus généralement l’art.

Je suis avant tout un autodidacte. Mes premiers pas dans la peinture se sont déroulés dans mon village. Je dessinais depuis mon enfance sur les murs et sur des boîtes vides avec la craie et le charbon, parce que c’étaient les moyens du bord à ma disposition, profitant des couleurs des fleurs, des herbes et des casbahs.

Votre question m’a projeté dans les premières années fondatrices de ma vie. Depuis mon enfance, j’ai su que j'étais né pour le dessin ; et en cela, je me suis senti très tôt persécuté car pour les autres, le dessin était synonyme de négligence dans ses études. Lors de mon passage au collège, j'ai découvert mon plaisir pour les sciences naturelles et la géographie. Je pensais que c’était le seul accès pour exprimer ma créativité. Mais par la suite j’ai connu d’autres chemins discontinus et plus diversifiés. Quelques-uns eurent des issues, dans la plupart du temps très compliquées ; d’autres restèrent des impasses jusqu’à présent. Et entre tout cela, je dirais que l’association Drâa pour les Beaux-Arts a joué un grand rôle dans le développement et l’affinement de mon don puisque j'ai été très influencé par les membres fondateurs de cette association. Les nouvelles connaissances, le travail persévérant et la recherche continue ont donc été le cadre de mon parcours artistique.

L’abstraction est l’art des sensibilités

Mohamed Charaf en expositionMM - Parlez-nous de votre style artistique ?

MC - L’Homme est naturellement influencé par son environnement. Pour ma part, je travaille à partir de mon entourage et du milieu où j’ai grandi. L’artiste a une sensibilité très subtile, lui permettant d’extraire les sens et les idées du fond des choses qu'il perçoit ; ce qui approfondit sa prévoyance et élargit son regard. Au début de sa carrière, toute personne doit tracer son chemin, défiant tous les obstacles car l’insistance à poursuivre son chemin donne toujours de bons résultats.

J’avais connu plusieurs expériences et écoles dans le domaine de l’art plastique et j'ai fait plusieurs expositions au Maroc comme à l’étranger.

Je n'ai été influencé par aucune école cependant l’art plastique que je pratique est expressif et abstrait. L’abstraction est l’art des sensibilités. Lorsque l’artiste atteint ces degrés, il parvient à une forme de transparence avec son âme. Et je trouvais que l’abstraction était le style le plus facile pour exprimer au monde mes sentiments et mes idées. Du coup, je réalise mon repos psychologique à la fin d’un tableau.

Nous sommes des abstracteurs, dans la majorité des cas. Et pourquoi ne le serions nous pas aussi dans le dessin ? C’est le plus difficile des arts à mon sens car il demande beaucoup de sensibilité vis-à-vis de la matière, de la couleur en général et des idées qui interpellent le spectateur car l’artiste lui a laissé le soin de rechercher et de découvrir ce qu'il apprécie dans le tableau.

Lorsque mon pinceau et mes sensations se correspondent, c’est à ce moment-là que je sens le lien avec mon âme ; pendant que je travaille, je m’oublie. Chaque artiste a ses instruments qu’il préfère et qui ne peuvent pas être abandonnés.

MM - Est-ce que vous pensez apporter quelque chose de nouveau par votre style à l’art marocain en général ?

MC - Il n’est pas facile de créer un tableau avec tous ses éléments harmonieux : la couleur et la structure, la répartition de la masse avec la couleur, le trait et la surface. La création d’une unité entre tous ces éléments donne ma propre vision pour que le spectateur puisse l’apprécier et s'en réjouir. J’aime bien les couleurs chaudes que je rends harmonieuses pour relaxer le regard et ainsi envoyer des signaux esthétiques dans le même temps.

Partant de ma longue expérience dans la calligraphie arabe, j’ai essayé de créer l’harmonie et la coexistence entre elle et celle du Tifinagh.

Les expositions que j’ai pu organiser en France m’ont permis de connaître plusieurs œuvres d’art internationales et l’histoire de l’art à travers les âges et les époques. J’ai essayé de poser ma propre empreinte loin des expériences des autres artistes. Les artistes s’influencent les uns les autres, ce qui est normal, mais je n’ai jamais imité quelqu’un ni suivi son style parce que je suis certain que je peux avoir ma propre empreinte et ma propre personnalité artistique.

Je dessine avec tous mes sentiments et mes sensations que le spectateur pourra ensuite ressentir totalement ou partiellement.

La beauté est une identité

Tableau de Mohamed CharafMM - Que signifie pour vous de passer de la calligraphie arabe pour travailler sur l’esthétique du Tifanagh ?

MC - L’insistance de cette question m’emmène très loin dans la recherche de la cause amazighe parce que je crois en son équité et sa légitimité.

Dernièrement, tous mes travaux ont été imprégnés de la culture et la tradition amazighe, compte tenue de mon appartenance à cette société laquelle constitue un anneau essentiel dans mes tableaux.

C’est un sujet fertile pour la créativité et l’invention, mais très difficile en réalité, car pour créer en tifinagh, on devrait être excellent en caricature, en dessin et en perspective. Etrangement, la calligraphie amazigh est plus compliquée que celle de l’arabe.

L’étape de la calligraphie arabe a débuté avec mes efforts personnels en me basant sur les expériences des autres. Avec une simple comparaison, on se demande pourquoi tous les traits ont des principes et des règles.  A partir de là commence le défi, l’effort et la recherche. Une cause qui s’impose. J’ai travaillé pendant plusieurs années sur la calligraphie arabe, une expérience qui m’a aidé à donner à chaque lettre tifinagh ce qu’elle mérite, en prenant en compte la particularité de l’alphabet tifinagh, et ses différentes formes qui se distinguent de tous les autres alphabet.

Et grâce à mon expérience dans la calligraphie arabe, j’ai pu définir la restructuration globale de l’alphabet. J’ai adopté des règles de travail, parce que je vois les choses d’un œil esthétique.

La beauté est une identité et on doit prendre soin de l’esthétique car c’est la base.

L’alphabet tient sa couleur de sa région, de son sol

Assurément, j’ai passé de l’étape tifinaghe à la configuration artistique. Je ne sais pas jusqu'à quel point j’ai réussi, mais j’ai senti que la nature de cet alphabet doit être dans cette forme. Le mélange ou la synthèse entre le jaune, le rouge et le marron est, dans mon imagination, la traduction de l’alphabet arabe. L’alphabet tient sa couleur de sa région (sol). Comme cela, j’insiste sur cette synthèse, en raison de sa dimension à réconcilier la terre et l’homme.

Je voudrais donner tout ce que je peux pour enrichir l’art amazigh. On ne devrait pas ignorer cette identité, parce que l’esthétique et la consolidation de ses dimensions est l’essentiel. C’est ce qui subsistera. Je sais bien qu’on ne pourra pas entrer une œuvre tifinaghe dans nos maisons car l’impression dans cette langue est très limitée, mais on pourra y entrer un tableau qui reflète notre authenticité et notre identité.

Exposition Mohamed Charaf à la galerie Côté SudMM - Comment vous voyez l’art amazigh au Maroc ?

MC - La calligraphie amazighe commence partiellement à prendre vie depuis ces dernières années avec l’expérience de plusieurs artistes amazighs qui se sont inspirés du Tifinagh de la civilisation amazighe du point de vue anthropologique et culturel. Aussi ont-ils contribué à l’enrichissement de la scène artistique par leurs tableaux dans lesquels ils ont insisté sur la civilisation amazighe des différentes régions et son influence émotionnelle et psychologique sur l’artiste amazigh. Plusieurs artistes ont été influencés par des écoles occidentales comme l’abstrait, le surréalisme, le cubisme, cependant la plupart de leurs tableaux s’inspiraient de notre héritage culturel comme mémoire et matière première : tapis, monuments, habits et bijoux…

L’espace artistique amazigh est riche au niveau du produit créatif ainsi que par la qualité des artistes engagés. Ceux-ci ont atteint un degré de maturité et sont aujourd'hui reconnus dans le mouvement artistique mondial. Ils ont arraché leur droit de reconnaissance comme artistes qui représentent leur civilisation dans sa belle image.

Tout cela a mis l’artiste amazigh dans une lute continuelle pour prouver sa personnalité et la reconnaissance de son existence. Il prend alors une grande et sérieuse responsabilité à laquelle il a consacré tout son talent, ses techniques et ses compétences. Il est toujours en quête de toutes ses aspirations.

Avant tout, il a conscience de son identité amazighe et ainsi de son retour aux racines de son pays ; pour moi, le Maroc.

Comme artiste amateur, je ne me permets pas le droit de critique artistique. Je ne suis qu’un artiste qui voit l’art amazigh en relation arbitraire avec l’homme. Malheureusement, le mouvement artistique amazigh n’est pas eu une couverture médiatique nécessaire. Il est très limité sinon carrément absent. Si jamais il y a une interview, c’est seulement pour meubler le vide des heures de diffusion, avec une langue prétentieuse et très spécialisée ; ce qui a entraîné un éloignement entre le marocain et l’art plastique.

Notre pays regorge de plusieurs artistes talentueux mais l’art plastique traverse une période de stagnation et de récession. Le public a une sensibilité artistique délicate et qui goûte à la beauté artistique. Mais les conditions matérielles et sociales exigent des priorités, et ce n’est pas un hasard de trouver des artistes qui vivent un certain isolement, ainsi que l’absence d’une éducation plastique au sein de l’école marocaine. Aussi la technologie moderne a-t-elle offert à la photographie la possibilité de rivaliser et de concurrencer l’art plastique. Avec l’ordinateur, on peut introduire des modifications sur la photo de manière à ce qu’elle soit proche d’un tableau et dans un temps réduit si on le compare au temps que pourrait prendre un artiste pour l’achèvement de son travail.

Texte traduit de l’arabe par Mohamed Ait Abdesslam.

En savoir plus

- Page facebook de Mohamed Charaf

- Les peintures de Mohamed Charaf sur artmajeur.com

 

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