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Ouarzazate à l'honneur au Festival international du théâtre universitaire d’Agadir

  • Écrit par Badr Aït Saïd

"Moi le Président" joué par des étudiants de Ouarzazate

La 19ème édition du Festival international du théâtre universitaire d’Agadir (FITUA) s’est déroulée du 19 au 22 Mars 2014 sous l'organisation de la Faculté des lettres et sciences humaines en collaboration avec l’Université Ibn Zohr d’Agadir. Ce nouveau rendez-vous a ainsi pu réunir différents troupes d'Instituts supérieurs de théâtre de nombreux pays telles la Russie, l’Italie, l’Egypte, la Tunisie ainsi que les troupes universitaires du Maroc. La Faculté Polydisciplinaire de Ouarzazate était représentée lors des compétitions du FITUA avec le spectacle "Moi, le Président" joué par un groupe d'étudiants de la FPO passionnés par le théâtre et encadrés par Mohamed Drissi. Cette pièce a remporté le prix de la meilleure scénographie.

Mohamed Drissi, l’un des personnages les plus actifs et aimants du théâtre sur Ouarzazate, a préparé pendant quatre mois avec les étudiants de la Faculté la pièce théâtrale intitulée "Moi, le Président" qui aborde des sujets de dimension politique.

Avant d'être présentée au FITUA, le spectacle a pu être interprétée une première fois le 17 mars 2014 dans les locaux de la FPO. Le public s'est montré satisfait du jeu des étudiants acteurs qui formaient en effet un groupe harmonieux en raison de leur précédentes expériences théâtrales avec Mohamed Drissi l’année précédente. Ils ont ainsi pu donner à voir une image favorable de Ouarzazate qui pourtant souffre du vide culturel, et plus particulièrement dans le domaine du théâtre.

Mohamed Drissi a accepté de répondre aux questions d'almaouja.com afin de s'expliquer plus en détails sur son cursus, son expérience dans la scène théâtrale ainsi que sur la pièce elle-même, "Moi, le Président".

Almaouja.com - Tout d’abord parlez nous de vous et de votre expérience dans le domaine du théâtre.

Mohamed Drissi - Je suis né à Imassin dans la région de Skoura d'où j'en suis parti dés mon enfance pour rejoindre Agadir. J’y ai passé le primaire et le collège, pour ensuite revenir à Skoura suivre mes études au lycée. Mon expérience dans le domaine du théâtre a débuté depuis mon enfance. Au primaire, nous jouions des pièces éducatives lors de plusieurs fêtes nationales comme par exemple la fête du Trône.

Mais le vrai commencement s'est produit au lycée, et ce en raison de la faiblesse de la vie culturelle dans la région de Skoura à cette époque. Nous avons essayé de bouger un peu et ainsi d'éviter la routine du quotidien en créant un groupement de jeunes motivés. Nous avons donc commencé à réaliser et jouer différentes pièces théâtrales.

Quand j’ai eu mon baccalauréat en 1997, je suis revenu à Agadir pour mes études universitaires. J’ai alors intégré l’équipe de théâtre de l’université. Quelques mois plus tard, nous avons pu jouer une pièce qui nous a permis de participer à des festivals nationaux et mondiaux. Pour moi, cette étape universitaire était l’étape de la maturité et de l’expérience dans le domaine du théâtre.

L'Institut culturel français d' Agadir a aussi joué un très grand rôle dans notre apprentissage puisqu'il fonctionnait alors comme une plateforme qui rassemblait les grands œuvres théâtrales universelles et surtout qui nous permettait de prendre part à leur présentation publique. C'est ainsi que nous avons excellé dans une pièce théâtrale à la Faculté des sciences d’Agadir, spectacle qui nous a emmené dans une grande tournée au Maroc où nous avons gagné plusieurs prix, et ce dans plus de 7 festivals.

Mon expérience n’est pas achevée pour autant, bien au contraire. J'ai intégré l’équipe régionale du théâtre, sous la présidence de M. Al Achàari, le Ministre de la culture à cette époque. J’ai ainsi pu travailler comme comédien avec Khoumiss, un formateur dans l’école française Jack Le Coq, structure considérée comme l’une des plus formatrices dans le théâtre moderne. Ensemble, nous avons travaillé sur une pièce intitulée "Talalayt" qui a connu un très grand succès au niveau national.

À l’achèvement de mes études universitaires, j’ai travaillé dans le secteur de la jeunesse et du sport, puis ensuite dans le Ministère de l’éducation. C’est pour cette raison que je suis venu travailler sur Ouarzazate en tant que coordinateur du centre provincial de la technologie éducative.

Une fois sur place, un ami m’a conseillé de travailler avec les étudiants de la Faculté et j’ai pris la bonne décision de leur faire confiance. En tant que metteur en scène, nous avons travaillé sur une pièce théâtrale nommée "L’affaire" avec laquelle nous avons gagné en 2013 des prix pour le meilleur jeu de comédien dans le festival d’Agadir.

Mohamed Drissi, acteur de la scène théâtrale de OuarzazateAlmaouja.com - Comment l’idée de passer de l’interprétation à la mise en scène vous est venue ?

M.D - J’ai déjà réalisé deux pièces théâtrales auparavant avec l’équipe Aska à Agadir en langue amazighe. Nous avons aussi gagné le premier prix du Festival maghrébin du théâtre avec la pièce "Tlatig" qui signifie "Il y a de la valeur".

En venant à Ouarzazate, les étudiants de la Faculté ont réincarné en moi le théâtre et j’ai recommencé à travailler avec un nouvel esprit comme metteur en scène. Après une première expérience, j’ai décidé de poursuivre une autre création avec les étudiants mais cette fois-ci sur une nouvelle thématique. Nous avons voulu mélanger la politique et l'humour. J’espère bien que ce nouveau spectacle aura du succès. Et dans le même temps, je travaille aussi avec des lycéens qui montent alors sur scène pour la première fois. Ce sont des amateurs à qui j’ai aussi fait confiance et qui m’ont vraiment fasciné.

Almaouja.com - Quel est le genre et le contenu de votre pièce "Moi, le Président" et pourquoi avoir choisi ce personnage ?

M.D - J"ai voulu m'inscrire dans ce que l'on appelle la comédie noire qui met de l’ironie dans la comédie. Nous traitons un sujet que les œuvres artistiques abordent partout dans le monde. Il s'agit des dirigeants de quelques pays qui sont en fait des ignorants au niveau de leurs comportements humains, mais qui s’accrochent à leur pouvoir et veillent à ne jamais perdre leur autorité.

Nous avons imaginé que le pays est comme un parking, et le personnage y travaille. C’est un jeune homme qui garde et gare les voitures, une personne qui ne connaît rien à la politique. Ce personnage, à un moment donné, va s’imaginer comme un président. Donc il se met à penser à tous les problèmes et contraintes qu'il peut rencontrer avec son entourage. Nous avons joué sur le symbolisme surtout au niveau des raisonnements du président ; comme par exemple dans sa relation avec le personnage Ch3iba, qui symbolise le peuple, ou alors dans sa relation avec la femme étrangère qui gère ses affaires.

Ces réalités existent surtout dans les pays arabes qui emploient des étrangers pour faire valoir un niveau de prestige. Nous avons montré plusieurs exemples de situation pour ce personnage devenu président dans sa tête, comme sa relation avec l’opposition par exemple.

A terme, nous disons que ce parking existe déjà, en donnant des exemples de pays comme la Tunisie, l’Egypte, la Lybie et la Syrie qui souffrent d'instabilité politique en ces derniers temps.

C’est un pièce qui nous ne concerne pas seulement en tant que marocains car c'est une représentation universelle du dirigeant. "Moi, le Président" était la pièce la plus longue parmi les autres et la seule où le public est resté jusqu’à la dernière minute. Ce qui a encouragé les étudiants à se détendre et à bien jouer leurs rôles.

Une personne présente dans le public nous a dit à la fin que notre spectacle n’est pas qu'une simple pièce théâtrale mais une leçon de morale à revoir plusieurs fois.

Nous avons reçu le prix de la meilleure scénographie et cela nous fait énormément plaisir et nous donnent la force et l'envie de continuer de jouer cette pièce dans d’autres festivals.

"Moi le Priésident" joué par des étudiants de Ouarzazate

Almaouja.com - Vous êtes une équipe qui a su faire face au vide culturel qui hante Ouarzazate. Pouvez-vous nous parler un peu de ce vide, et comment peut-on trouver une issue ?

M.D - Quand je participe à des évènements au nom de Ouarzazate, ils me disent qu’on a vraiment la chance d’être sur Ouarzazate, parce que c’est une ville d’art. Je dois dire que cette formule ne correspond pas à ce que je vis et ressens de Ouarzazate. Il a certes des tournages cinématographiques mais dans la réalité il n’y a rien qui ressemble à une vie artistique. Par contre, il est exact de dire que nous avons beaucoup de talents créatifs dans la ville.

Aucune salle de théâtre n’est disponible, aucune salle de cinéma non plus. Nous vivons avec ces paradoxes.

Quand je suis venu en 2010, on m’a dit qu’il y avait dans le passé sur la scène nationale des personnages issus de Ouarzazate qui ont excellé dans le théâtre. Mais pour l’instant, il n’y a personne, à part quelques amis travaillant dans l'éducation et qui font de petites expériences ; et bien sûr il y a ceux qui organisent, au nom de l’association Fawaniss, le Festival national de théâtre Amanay de Ouarzazate.

Nous devons constater l’absence d'encadrants et de formateurs, et bien évidemment l’absence d’infrastructures. Depuis quatre ans, nous attendons avec impatience la grande salle qui est toujours en construction, prise en charge par le Ministère de la culture, mais peut-être devrons nous encore attendre quatre années de plus. Pour l’instant, nous travaillons dans la salle de la municipalité qui manque d’éclairages et d’espace, le palais des congrès n’étant pas disponible aux activités théâtrales et plus généralement aux associations. À Zagora ou Kalàat Mgouna, il existe de très belles salles qui ont été construites par le Ministère de la culture.

Nous rêvons toujours d’une belle salle aussi dans notre ville afin de nous permettre de nous donner encore mieux à notre passion, pour le bénéfice de tous.

"Moi le Président" joué par des étudiants de Ouarzazate

En savoir plus

- Page Facebook du théâtre à Ouarzazate

- Page Facebook de Mohamed Drissi

 

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