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Sur la vague du nouveau Maroc

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Ouarzazate et sa région méritent mieux

  • Écrit par La rédaction

Alesandra Baallal par A. Azizi

Alexendra Baallal est française résidente au Maroc et restauratrice à Ouarzazate. Depuis peu présidente de la nouvelle association des restaurants de la province, elle prend aujourd'hui la parole pour témoigner de son envie et attente de voir une force citoyenne faire évoluer Ouarzazate.

Almaouja.com - Pouvez vous nous raconter votre première rencontre avec Ouarzazate ?

Alexandra Baallal - Cela date de 1987. J'étais alors étudiante et je venais de débarquer à Casablanca. Je voulais absolument voir le Sud. J'ai donc pris un bus depuis Marrakech pour rejoindre Ouarzazate. Nous sommes d'ailleurs restés coincé au col de Tichka à cause d'un éboulement. Le trajet aura ainsi duré 12 heures. Une fois sur place, je me suis rendu rapidement à la casbah de Taourirt où j'ai rencontré un guide qui m'a accompagnée durant la découverte du site et m'a ensuite fait connaitre le désert. Ce guide s'appelle Driss, c'est donc la première personne que j'ai rencontrée ici et quelques années après, je me suis mariée avec lui. Je me suis installée définitivement à Ouarzazate en 2005 et nous sommes encore ensemble ici.

Almaouja.com - Avez vous le souvenir de votre impression d'alors ?

AB - Quand je suis arrivée à Ouarzazate, je me suis sentie chez moi, comme parfois tu peux te sentir chez toi dans des endroits inconnus. Et ici, je me suis dit que j'avais envie d’ y faire ma vie.

Almaouja.com - Qu'est ce qui vous a le plus attiré dans cette société nouvelle que vous veniez de rencontrer ?

AB - C'est une sorte de liberté qui doit nous attirer ici. Une sensation d'espace autant vis à vis du territoire que vis à vis de la vie où l'on ressent un vaste champ de possibilités. Et cela se posait bien sur en contradiction avec la France où je ressentais une atmosphère bouchée et finalement étouffante.

Almaouja.com - A contrario, qu'est ce qui aura été le plus difficile ?

AB - Ce qui est sans doute le plus difficile à accepter, c'est que l'avis du voisin est plus important que la vérité de ce que l'on est et de ce que l'on vit. Je viens de Paris où l'anonymat est la règle et ici il faut faire attention à beaucoup de choses.

Almaouja.com - Qu'est ce qui vous manque le plus en vivant ici ?

AB - C'est sans aucun doute la possibilité d'activités culturelles et peut être aussi les possibilités d'échanger, même si justement le temps permet de construire soi même ses liens relationnels. Je n'ai donc aucun regret d'avoir quitté la France.

Almaouja.com - En quelques mots, quel a été votre parcours professionnel jusqu'à l'activité présente de votre restaurant Douyria ?

AB - J'ai fait des études de psychologie du travail et j'ai travaillé ensuite dans différents emplois différents de ma formation initiale. J'ai ensuite travaillé avec mon père, dans le sud de la France. Une fois présente ici, je me suis tournée vers la restauration un peu par hasard. Ce lieu où se trouve notre restaurant Douyria devait à l'origine servir à l'installation d'un bazar pour Driss et comme à l'époque il n'y avait pas encore beaucoup de lieux de restauration près de la kasbah, nous nous sommes dit que c'était une bonne idée, et nous nous sommes lancés.

La morosité est toujours là, elle s'est même aggravée

Alexandra Baallal par A. AziziAlmaouja.com - Vous êtes l'une des initiatrices de la "lettre ouverte de professionnels du tourisme" diffusée le 24 février 2013 dans notre magazine almaouja. Pouvez-nous nous expliquer vos motivations de départ dans ce geste singulier qui a recueilli un bon écho auprès de vos collègues professionnels puisque 121 signatures ont été récoltées ?

AB - Au départ, nous avions constaté une morosité ambiante très forte au sein de la communauté des professionnels du tourisme. Nous sentions à Ouarzazate une forme de léthargie qui faisait que rien n'évoluait. Nous avions également des problèmes de communication avec nos représentants, notamment ceux du Conseil Provincial du Tourisme, il nous est alors apparu important de réagir et d'essayer de mobiliser les bonnes volontés pour faire avancer la situation de notre ville. Et il est vrai que nous avons été satisfaits de l'écho rencontré par notre geste, prouvant par là qu'autour de nous, beaucoup de personnes avaient cette même envie de voir la situation de Ouarzazate évoluer.

Quelques mois plus tard, je dois admettre que la morosité est toujours là, qu'elle s'est même aggravée. La mobilisation qui s'est exprimée lors de la diffusion de notre appel n'a pas donné les effets attendus. Le Conseil Provincial du Tourisme nous a certes convié à quelques réunions mais il n'a toujours pas organisé les assises des professionnels du tourisme que nous avions demandées et qui nous avait été promises. Nous le regrettons car cela aurait pourtant été l'occasion de se parler et de partager nos idées sur la meilleure manière d'avancer vers la résolution des problèmes.

A côté de cela, il est vrai que des associations professionnelles se sont réorganisées. C'était une étape importante et je garde l'espoir que quelque chose va enfin se passer.

A découvrir : La lettre ouverte des professionnels du tourisme

Almaouja.com - Quel est selon vous le principal problème de Ouarzazate ?

AB - Je crois que le principal problème est l'absence de communication, au niveau général, entre les citoyens, les autorités et nos représentants. Nous n'avons aucune information sur rien, comme c'est le cas pour les tournages de cinéma, qui même rares, se présentent comme en catimini. Comme c'est le cas de la centrale solaire Nour qui est dans toutes les têtes mais dont aucune nouvelle n'est jamais délivrée au grand public pour l'informer de son avancement. Comme c'est le cas pour le Conseil Provincial du Tourisme où tout donne à penser que là encore, rien ne va changer.

Almaouja.com - Au bout du compte, vous êtes déçue par le résultat de votre prise de parole publique, alors que c'était pourtant une première à Ouarzazate ?

AB - Déçue non, car personne ne s'attendait à des miracles mais nous avons essayé et il le faut encore. J'espère que les nouvelles associations professionnelles vont nous permettre d'apprendre à travailler ensemble.

Almaouja.com - Comment comprenez vous cette absence de réactivité de la part des responsables ?

AB - Je ne la comprends pas et je constate que dans la ville tout le monde s'interroge sur la situation de Ouarzazate. Pourquoi en sommes nous là ? Pourquoi la situation s'aggrave t elle ? Nous avons ici tellement d'atouts. Nous avons une région magnifique, des potentialités énormes, une ville calme qui est devenue beaucoup plus propre qu'avant et pourtant c'est une destination oubliée par tous. Mais à dire vrai, je ne sais pas pourquoi.

L'absence de communication est un grand manque et rejoint le besoin de transparence

Almaouja.com - Cependant, vous pointez le manque de communication, le manque de dialogue et de concertation, pour expliquer la situation actuelle ?

AB - Je ne sais pas si c'est la cause de nos problèmes, mais il est vrai que le manque de dialogue et de communication est là. Personne ne peut le nier et cela concerne des choses parfois très simples. Prenons l'exemple du col de Tichka où personne ne sait jamais s'il est possible ou non de passer alors qu'il pourrait n'y avoir ne serait ce qu'un répondeur téléphonique au niveau de la gendarmerie qui diffuse l'information. C'est aussi l'exemple des animations culturelles ou autres évènements qui s'organisent à Ouarzazate et pour lesquelles aucune communication n'est jamais faite.

Ce serait bien que la municipalité, que l’office du tourisme , le CPT aient un site internet pour informer les habitants car il y a des choses qui se font mais nous ne savons jamais rien. Il en a d’ailleurs été question lors de nos réunions avec l’équipe du CPT. Malheureusement à ce jour rien n’a changé.

L'absence de communication est un grand manque et rejoint le besoin de transparence. Il faudrait aussi faire naitre dans cette ville un esprit citoyen où l'intérêt général pourrait enfin primer sur l'intérêt particulier pour faire en sorte que Ouarzazate revive.

Almaouja.com - Justement beaucoup de professionnels et de résidents étrangers ont désormais l'envie de partir d'ici, forts d'une lassitude face à l'inertie ambiante.

AB - Oui nombreux ont perdu confiance dans leur avenir ici. Il y a beaucoup de gens qui ont eu un coup de coeur pour cette région, au delà des affaires ou du commerce, et il y en a beaucoup qui seraient prêts à s'impliquer dans le développement du territoire mais la confiance n'est plus vraiment là.

Almaouja.com - Faisons un rêve citoyen pour Ouarzazate : quel serait l'agenda idéal sur l'année à venir pour redynamiser la ville ? La priorité est elle d'organiser ces assises du tourisme pour réapprendre à se parler ?

AB - Nous aurions surtout besoin de connaitre la vision des autorités sur l'avenir de Ouarzazate et de sa région. Il faudrait savoir où nous allons tous ensemble, ce que les autorités visent et ce que nous, professionnels ou simples citoyens, pourrions faire pour participer à cette construction collective.

Il y a certes beaucoup de dossiers qui demandent un traitement comme le désenclavement géographique mais nous ne pouvons nier qu'autrefois, et alors que ces mêmes problèmes de transport existaient, il y avait bien plus de tourisme. Alors la vraie question est : qu'est ce que nous proposons aux visiteurs ? Comment rendre cette ville plus attractive ? Il y a mille idées, et pas forcément couteuses, mais sans vision globale, rien de cohérent ne peut se faire.

Alesandra Baallal par A. Azizi

A découvrir : Et si l'écologie était le destin de Ouarzazate

Almaouja.com - Votre vision personnelle est celle d'une ville écologique ?

AB - Oui Ouarzazate et la région dans son ensemble pourraient développer une dimension écologique. La présence de la centrale solaire Nour pourrait aider à atteindre cet horizon.

Or malgré tous les atouts écologiques déjà existants, il n'y a pas de politique écologique comme il n'y a pas de politique des espaces verts. On plante, parfois à mauvais escient (des palmiers dont la reprise est difficile à la place de poivriers) on oublie d'arroser, les arbres meurent, et on en replantent. La taille tardive des arbres au printemps ressemble plus à de l’abattage et prive la ville de beaux sujets qui donnent de l’ombre. Malgré cela des jardins se créent ; c’est donc qu’il y a une politique d’aménagement des espaces verts, il faudrait peut-être simplement mettre en place une équipe avec de vrais paysagistes et jardiniers pour la création, et l’entretien des espaces verts . Cela a été fait pour la gestion des ordures ménagères et cela a apporté beaucoup à la ville. Une ville jardin serait un beau rêve !

Il faut une réelle volonté politique et une réelle volonté citoyenne

Almaouja.com - Le chemin semble loin pour atteindre cet idéal. A moins de rester à jamais déprimé par cette situation, qu'est ce qui pourrait être le déclencheur pour faire changer les choses ?

AB - Une réelle volonté politique et une réelle volonté citoyenne car l'un sans l'autre, rien ne pourra se faire. Mais sans dialogue, sans une éducation au dialogue, sans transparence, rien n'est possible. Pourtant on a vu avec l'arrivée de l'entreprise SOS de collecte des ordures que les évolutions sont possibles. Petit à petit, les habitants se sont habitués à déposer leurs ordures dans les poubelles affectées à cet effet. Il faut donc féliciter les autorités pour ces avancées mais il faut aussi pouvoir leur dire attention : ne laissez pas revenir les mauvaises habitudes, les poubelles sont en mauvais état, jamais nettoyées et ne sont pas remplacées.

Almaouja.com - La nouvelle association des restaurateurs dont vous êtes d'ailleurs la présidente veut s'essayer à participer à cet effort citoyen. Quel programme d'actions avez vous défini ?

AB - Tout n'est pas encore décidé entre nous mais nous avons déjà pointé nos besoins de formation, autant pour nos personnels que pour nous mêmes en tant que gestionnaires d'entreprise. Nous allons ensuite essayer de mutualiser nos rapports avec nos fournisseurs pour obtenir de conditions préférentielles. Nous souhaitons aussi nous faire connaitre auprès des autorités pour être ainsi informés du programme des manifestations publiques et alors pouvoir y participer en tant que professionnels de la restauration. Nous espérons enfin créer une animation annuelle importante comme souvent les restaurateurs le font dans de nombreux pays.

L'énergie d'avancer est toujours là, même si la lassitude commence à poindre, cette lassitude de ne pas voir les solutions arriver et celle, plus grande encore, de ne pas comprendre pourquoi rien ne change alors que Ouarzazate et sa région méritent mieux.

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