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Sur la vague du nouveau Maroc

à l'écoute

Regard sur la situation sociale du Maroc

  • Écrit par Taâoun

Marcel ROYEZ est conseiller pour les Affaires Sociales près l’Ambassade de France au Maroc depuis 2007. A ce titre là, sa connaissance de la situation sociale du Maroc mérite d'être partagée auprès de tous ceux qui se sentent concernés par le renouveau du Maroc. Taâoun, la lettre des coopérations au Maroc (N°60 Mai 2014) a recueilli ses propos alors qu'il s'apprête à quitter prochainement ses fonctions sur Rabat.

Taâoun - Votre mission de CAS au sein de l’ambassade s’achève fin juillet : après 7 ans passés au Maroc, quel regard portez-vous sur la situation sociale de ce pays ?

Marcel ROYEZ - C’est un privilège que d’avoir exercé cette fonction au Maroc, un pays où la question sociale est omniprésente, où les projets foisonnent, où cette problématique est aussi fortement portée, sous l’impulsion Royale. A l’interface entre la France et le Maroc, chargé d’animer un partenariat bilatéral dense, dans le champ sanitaire et social, j’ai pu mesurer à la fois la volonté des pouvoirs publics marocains, l’ampleur des besoins et des attentes de la population, les formidables défis sociaux de ce pays.

La santé, la protection sociale, la formation, l’emploi - notamment l’emploi des jeunes et des femmes -, les conditions de travail, l’action sociale en direction des enfants, des familles, des personnes vulnérables, handicapées, âgées, autant de chantiers ouverts qui nécessitent des moyens humains et financiers, une volonté politique aussi. Autant de chantiers urgents car il s’agit de gens - des enfants, des femmes, des hommes - qui souffrent, qui vivent dans des conditions difficiles. C’est une priorité qui touche à la dignité humaine et qui constitue un facteur de stabilité et de développement économique indéniable.

Pour avoir initié d’importantes réformes sociales au début des années 2000 et marqué cette préoccupation avant le « printemps arabe » de 2011, le Maroc n’a pas connu le paroxysme des crises voisines.

Taâoun - Quelles sont, selon vous, les 3 réformes les plus importantes qui ont été mises en place par le Maroc ces 10 dernières années ?

MR - Difficile de faire un choix parmi toutes les grandes réformes engagées ces dix dernières années ; comment choisir entre la nouvelle Moudawana qui donne davantage de droits aux femmes, la couverture médicale qui permet un accès aux soins, y compris aux plus démunis, le nouveau Code du travail fondateur de droits pour les salariés, l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) qui mobilise les forces vives du pays contre la précarité et l’exclusion, le programme « villes sans bidonvilles » pour lutter contre l’habitat insalubre,… ?

La nouvelle Constitution de juillet 2011 représente un réel progrès en élargissant les droits politiques, économiques et sociaux. De ce point de vue, elle dessine un véritable projet de société avec l’affirmation des droits des citoyens, la promotion du dialogue social et civil, la promotion de l’égalité et de la lutte contre les discriminations ; avec des outils aussi pour que ces droits deviennent réalité. La création d’un Conseil économique, social et environnemental constitue également une avancée pour le dialogue social, creuset d’une démocratie sociale renouvelée, au moment où le Maroc doit faire face à de nombreuses réformes.

Très concrètement la mise en œuvre du Régime d’assistance médicale pour les démunis (RAMED) qui doit permettre l’accès aux soins à 8,5 millions de Marocains pauvres ou vulnérables est un véritable progrès, à la condition d’offrir une offre de soins de qualité, géographiquement accessible à tous.

Taâoun - Quelle a été la contribution de la France aux réformes sociales marocaines, dans le cadre de la coopération bilatérale ?

MR : Depuis des décennies, la France est au coté du Maroc en matière de développement économique et social. Sur le plan sanitaire et social, le Maroc bénéficie de l’appui de l’Agence française de développement (AFD), sur les soins de santé primaire, sur les greffes et les urgences médicales, sur la formation professionnelle et la création de centres sectoriels, sur l’accès à des conditions de vie décentes, sur l’appui à la société civile. Les Ministères français de la santé et du travail apportent, dans le cadre d’un partenariat avec leurs homologues marocains, une expertise sur la couverture médicale et la protection sociale, sur l’emploi, le travail et la formation professionnelle, sur l’action sociale en direction des publics vulnérables, sur la lutte contre le Sida. A titre d’exemple, ce sont des échanges entre nos services publics de l’emploi - Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) et Pôle emploi -, entre nos institutions de prévention des risques professionnels - Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT) et Direction du travail marocaine-, entre nos organes de formation professionnelle - Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) et Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA)-, des jumelages entre nos organismes de Sécurité sociale, …

Deux nouveaux partenariats ont été conclus récemment entre la France et le Maroc, l’un pour la promotion des droits des femmes, l’autre sur l’économie sociale et solidaire ; ajoutons les échanges fréquents entre nos communautés médicales, nos professionnels de santé, nos équipes hospitalières, nos Conseils économiques, sociaux et environnementaux, nos sociétés civiles,… la capillarité entre le Maroc et la France est permanente dans le domaine sanitaire et social comme dans d’autres domaines ! L’appui européen -auquel contribue fortement la France- amplifie considérablement notre partenariat bilatéral, à l’instar, par exemple, des jumelages en cours à l’OFPPT et à l’ANAPEC, qui mobilisent l’expertise française.

Taâoun - Les collectivités locales françaises sont très présentes au Maroc, au titre de la coopération décentralisée ; pensez-vous qu’elles devraient intervenir davantage dans le secteur social ?

MR - L’implication de nos territoires respectifs est essentielle, a fortiori dans le domaine social où les collectivités françaises ont d’importantes prérogatives : les régions, en matière de formation professionnelle, les départements et les communes, en matière d’action sociale. Le projet de Régionalisation avancée au Maroc et les réflexions en cours en France sur notre schéma territorial, offrent d’intéressantes perspectives au développement de coopérations décentralisées dans tous les domaines.

A découvrir : Séminaire de la coopération décentralisée entre le Maroc et la France

Les assises de la coopération décentralisées entre nos deux pays constituent une réelle opportunité pour inventorier et dynamiser les partenariats dans le champ sanitaire et social.

Taâoun - De votre point de vue, quels sont les principaux défis auxquels va devoir faire face le Maroc en matière sociale dans les prochaines années ?

MR - Le Maroc, comme beaucoup de pays, est convoqué par la question de l’emploi, principalement l’emploi des jeunes et des femmes. Le taux de chômage des jeunes dans la Région est le plus fort au monde ; c’est un drame pour la jeunesse, un risque aussi pour la société et la stabilité politique. Tout doit être fait pour favoriser l’employabilité et l’intégration professionnelle et sociale des jeunes. Partout, nous devons nous interroger sur l’adéquation de nos systèmes de formation qui cultivent le dogme du diplôme au détriment du métier. Il faut impliquer davantage les entreprises dans la formation et dans la création d’emploi ; elles sont en première ligne.

L’autre défi du Maroc - ici comme ailleurs - c’est celui de la cohésion sociale ; le tissu social est déchiré, par l’accroissement formidable des inégalités, l’individualisme, l’égoïsme et l’effacement des valeurs. Développer une économie plus inclusive, plus solidaire, poursuivre l’extension de la protection sociale au profit de tous, renforcer le dialogue social et civil, améliorer l’éducation, la formation, l’accès aux soins, prévenir toutes les causes d’exclusion sociale, autant de chantiers ouverts par le Maroc, qui doivent être menés à terme, avec la ferme résolution de renforcer réellement la cohésion et le mieux vivre ensemble. L’objectif de justice sociale et de réduction des inégalités implique aussi une réelle justice fiscale. Le développement humain n’est pas l’ennemi du développement économique, il en est la condition incontournable.

 

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