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Sur la vague du nouveau Maroc

à l'écoute

"Ouarzazate est typée, racée et accueillante"

  • Écrit par Eric Anglade

Driss Alaoui Mdaghri

Enseignant, chef d'entreprise, plusieurs fois ministre au sein du gouvernement marocain, Driss Alaoui Mdaghri est un homme à plusieurs facettes. Il anime aujourd'hui, et au titre de la Fondation Cultures du Monde dont il est le président, un projet culturel innovant qui témoigne des valeurs de liberté, de partage, de métissage et de dialogue. Il était récemment de passage à Ouarzazate et a accepté de répondre aux questions de la rédaction almaouja pour ainsi nous faire partager son regard sur la ville du Sud Est Maroc qu'il retrouve après plusieurs années. Fidèle à sa conviction que l'art est un formidable levier de développement pour une ville comme Ouarzazate, il a laissé entrevoir la possibilité d'y revenir pour soutenir l'essor d'une vie culturelle aujourd'hui quelque peu inerte. Un message d'espoir.

Almaouja.com - Vous venez de passer un bref séjour sur Ouarzazate où vous n'étiez pas allé depuis plusieurs années. Avez vous ressenti suffisamment la ville pour nous faire partager la comparaison entre vos deux regards séparés par ce long temps ?

Driss Alaoui Mdaghri - Ressentir une ville demande une certaine disponibilité d’esprit et le désir de s’imprégner de ce qui la caractérise et la distingue. Je pense avoir été dans cet état et cette démarche. En me promenant à pied dans la ville, j’ai vu quelques scènes et quelques endroits qui ne m’ont pas laissé indifférent. Je suis ainsi, parmi d’autres choses vues et faites, rentré dans un petit centre commercial où je me suis arrêté dans une boutique qui vendait des parfums faits maison. J’ai eu avec la dame qui la tenait une discussion éclairante sur les parfums et leur fabrication, sur la création artistique, sur la vie et sur la société, en général.

J’ai également mangé chez Dimitri fils qui m’a raconté l’histoire de ce lieu mémorable qui a vu tant de choses depuis les premiers pas de la ville au début du vingtième siècle au moment de la pénétration française. Comme le hasard est souvent de la partie, il m’apprit qu’il était présent à ma soutenance de thèse à l’Université de Nice en 1981 et qu’il était professeur dans cette Université. Ou, encore, en dînant dans un restaurant face de l’hôtel où je résidais, la rencontre fortuite avec la chanteuse Oum et quelques uns de ses compagnons de retour d’un festival à Mhamid Al Ghizlane (Festival Taragalte NDLR) auquel je devais moi-même participer si une méchante grippe ne m’en avait empêché, a été une bonne surprise… et bien d’autres choses encore.

Tout lieu où les hommes habitent offre à mes yeux des trésors à découvrir. Par rapport à mes visites antérieures, je dois dire que j’ai toujours eu la chance d’y vivre des moments d’une belle intensité émotionnelle. Je n’ai donc ressenti aucune différence majeure.

Almaouja.com - Justement parce que cela fait longtemps que vous n'étiez pas venu à Ouarzazate, il serait précieux de connaitre par vous l'image de Ouarzazate, ainsi vue de loin, depuis Rabat, Casablanca ou Fès. Ville perdue au fin fond d'un Maroc, ville décor dans le souvenir d'un film ou bien quoi ? Comment voyiez vous Ouarzazate ? Comment Ouarzazate est-elle vue ?

Dam - Je ne crois pas que Ouarzazate soit vue comme une ville perdue. Oui comme une ville du cinéma, certainement en raison des tournages dont elle a été le théâtre. J’ai moi-même assisté à quelques uns de ces tournages, Gladiateur, par exemple, ou encore Astérix et Cléopâtre… Ce n’est pas pour cette raison qu’elle peut être perçue comme une ville décor. Elle est, au contraire, typée, racée et accueillante, bien que d’accès passablement compliqué.

Almaouja.com - Vous devez savoir que l'un des problèmes de cette ville, comme de toute la région Sud Est du Maroc est ce que l'on appelle l'enclavement. Quelle appréciation portez vous sur la solution mise en débat d'un tunnel sous le col de Tichka ? Pensez vous que le Maroc doive se donner cette priorité ?

Dam - Oui, c’est un beau projet qui mérite que nombre de gens se mobilisent pour le faire advenir. La RAM devrait également faire un effort pour des horaires de vol moins cruels que ceux qui prévalent actuellement.

L’enclavement culturel est mauvais pour tout le monde

Almaouja.com - L'enclavement géographique n'est pas selon nous le principal problème puisque nous estimons que le premier handicap de Ouarzazate est une forme d'enclavement culturel qui pèse sur le moral de la population et principalement sa jeunesse. Le dynamisme de la cité s'en ressent. Partagez vous cette analyse et comment selon vous résoudre cette situation ?

Dam - Certes l’enclavement géographique ne peut être seul en cause. Je crois effectivement que l’enclavement culturel est mauvais pour tout le monde et, au premier chef, pour la jeunesse. Comment en sortir ? Il faut multiplier les initiatives en mettant à profit les ressources régionales qui existent et en mobilisant tous ceux qui ont à cœur l’avenir de cette ville. J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec le Gouverneur, Si Benyatou et avec le Président du Conseil municipal, Si Drissi. Ils m’ont expliqué combien le développement de la ville les préoccupait et les efforts qui sont actuellement déployés pour appuyer les initiatives susceptibles d’y contribuer.

L'art comme levier de développement

Almaouja.com - La centrale solaire Noor est là comme le signe d'un destin pour Ouarzazate qui pourrait, ou qui devrait, orienter son développement vers l'écologie; faire d'elle une cité pionnière au Maroc en ce sujet porteur d'avenir pour tous. Or la ville ne s'est pas encore saisie de cette opportunité. Comment selon vous la ville, sa jeunesse, ses élus, ses forces vives pourraient profiter de cette conjoncture unique ?

Dam - Comme ça, de but en blanc, il me semble que la meilleure manière de s’en saisir est d’encourager toutes sortes d’activités culturelles, artistiques et sociales autour du soleil. Des festivals, des tournages de films, des rencontres scientifiques et académiques, des conventions, des salons, des start-up liées aux technologies solaires, etc… A vrai dire, il faut mettre à profit le projet Noor pour en faire le levier d’un développement régional durable en étroite relation avec les entreprises et les associations de la société civile susceptibles d’apporter quelque chose de concret à cet égard.

Almaouja.com - Pour terminer, pouvez nous donner des informations sur vos travaux en cours ? Vous avez lancé cet élégant projet "come to my home", où en êtes vous ? Quelles sont vos prochaines étapes ? Et pour tout dire, Ouarzazate aura-t-elle le privilège d'un jour accueillir ces artisans du beau que vous orchestrez ?

Dam - Comme je suis sur de nombreuses choses parallèlement, c’est mon caractère qui le veut, je vais me limiter à vous parler de « Come To My Home » , un projet auquel je consacre une partie significative de mon temps. Après Casablanca, Luca en Toscane (Italie) et Marrakech qui ont marquée 2013 depuis le lancement du concept en 2012, les prochaines éditions auront lieu à Bejaad, Ifrane, Italie et Etats Unis en 2014, et … à Ouarzazate si nous arrivons à mobiliser les ressources nécessaires. La réunion de créateurs dans différents domaines, venant d’horizons culturels et pays différents pour contribuer ensemble au dialogue créatif des cultures est notre objectif principal, au sein de la Fondation des Cultures du Monde. Ouarzazate est un candidat idéal pour accueillir un tel événement.

En savoir plus

- Le site web du projet "come to my home"

- Le site web de la Fondation Cultures du monde

« Come To My Home » est un évènement culturel, artistique et scientifique privé initié par Driss Alaoui Mdaghri, ancien ministre, poète et figure connue du paysage intellectuel marocain. Destiné à mélanger les arts, les cultures et les nationalités. Il est basé sur les principes de liberté, partage, de métissage et de dialogue gue, créatif des cultures, valeurs cardinales de la « Fondation des Cultures du Monde », association marocaine à but non lucratif regroupent artistes et intellectuels autour de la même ambition : promouvoir l'art et la culture à travers des initiatives individuelles et collectives.

 

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