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Ouarzazate, l'hollywood du grand Sud : mythe ou réalité ?

  • Écrit par la rédaction
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Amine Tazi des Studios Atlas de Ouarzazate

Pour tenter de répondre à cette question, almaouja.com a rencontré Amine TAZI, Directeur Pôle Cinéma (CLA et ATLAS) au sein de SANAM HOLDING. Il est de fait l'un des principaux opérateurs du pari cinéma de Ouarzazate. A ce titre son analyse compte pour mieux comprendre pourquoi le désert semble inéluctablement recouvrir les rêves de grandeur d'un cité qui se voulait l'Hollywood du grand Sud.

Almaouja.com - Ouarzazate et le cinéma, mythe ou réalité ?

Amine Tazi - C'est avant tout une réalité car Ouarzazate a accueilli dans le passé énormément de films de qualité. Il y a eu de grandes réussites. Maintenant cette réalité se transforme peu à peu en mythe aux vues de tous les problèmes que commencent à rencontrer les productions étrangères à Ouarzazate, notamment avec l'augmentation des couts de production sur les prestations locales ou sur la location de certains sites à l'extérieur. De manière générale, la situation est difficile. Les grandes productions se font de plus en plus rares. Les budgets disponibles sont moins nombreux et plus petits. Le mythe commence à s'installer en effet mais c'est à nous tous, les professionnels concernés, tout secteur confondu, avec l'appui du gouvernement, de ramener ce mythe vers sa réalité d'origine.

Les studioas de cinéma Atlas à OuarzazateAlmaouja.com - Quand on voit tous les investissements qui ont été faits ces dernières années dans le secteur du cinéma, pouvons-nous dire qu'il y a là une erreur de prospective que d'avoir ainsi cru possible un avenir radieux pour l'industrie du cinéma à Ouarzazate ?

AT - Un investisseur qui se respecte ne fait pas ce genre d'erreur. Les studios Atlas comme les studios CLA constituent des gros investissements qui se jouent sur le long terme. Il y a un marché. Ce marché a commencé à s'ouvrir à d'autres pays émergents dans le domaine du cinéma et donc la concurrence s'est installée. Rien de plus normal. Dans ce secteur, les investisseurs courent toujours après les films. Pour que les années fastes reviennent, il convient cependant de mieux commercialiser les atouts du Maroc et de Ouarzazate en particulier. Chacun à sa place a fait des efforts mais il doit y avoir une meilleure cohésion de l'offre vis à vis des productions. Il y a eu heureusement la création de la Ouarzazate Film Commission dont le rôle est de promouvoir la destination de Ouarzazate et tous les acteurs concernés doivent y participer pour soutenir cette dynamique de mise en valeur de nos potentialités, forts, justement, de ce passé glorieux marqué par des grands noms de l'histoire du cinéma.

Le cinéma à Ouarzazate doit se professionnaliser

Almaouja.com – Est-il exact que les grandes productions étrangères sont parties en raison d'une inflation du nombre des intermédiaires et une inflation des tarifs, voir en raison de problèmes de corruption ?

AT - Je ne pense pas que cela soit les vraies raisons. Le vrai problème est que le cinéma à Ouarzazate doit se professionnaliser. Nous avons tendance à dormir sur nos lauriers. En premier lieu, il faut pousser la profession à aller vers la culture du contrat car cette exigence rehausse le niveau professionnel. De manière plus globale, le Maroc souffre du fait qu'il n'y ait pas suffisamment de sociétés marocaines qui coproduisent des films car les producteurs étrangers cherchent ce genre de partenariat. Le Maroc gagnerait à encourager l'investissement dans le cinéma comme cela se fait en Afrique du Sud ou en Tunisie. Ensuite, les avantages fiscaux sont plus importants dans d'autres pays et cela joue sur le choix des producteurs de venir ou pas au Maroc. Il faut enfin que tous les intervenants comprennent qu'aujourd’hui il faut aller chercher le client, partout dans le monde.

La volonté est là, mais ...

Almaouja.com - Est ce qu'il y a une vraie volonté ?

AT - La volonté est là. Il ne faut pas oublier que ce secteur est parrainé par Sa Majesté Mohamed VI. Il faut surtout construire une bonne relation de partenariat entre le secteur public et celui du privé. Il n'y a que les entreprises qui soient créatrices de richesses. Il doit y avoir à côté une volonté politique, notamment en matière de sécurité mais aussi en matière d'infrastructures. Ouarzazate souffre de son enclavement et des difficultés d'accès. Il doit y avoir plus de vols, le tunnel doit être fait. Il importe donc que la Région engage de la subvention pour résoudre ce problème majeur. Nous avons aussi besoin d'une capacité hôtelière plus adaptée et d'une animation culturelle plus forte pour pouvoir combiner le tourisme et le cinéma, comme nous avons essayé de le faire lors du dernier festival Moviemed. Maintenant j'en reviens au besoin d'organiser une campagne marketing plus ciblée pour répondre au mieux aux attentes des producteurs et des réalisateurs. Car il ne faut pas oublier une chose des plus importantes : quoi qu'il arrive, les gens n'arrêteront jamais de se divertir, et donc, il y a aura toujours, et de plus en plus, de films. Maintenant il faut être actif. Il faut aller chercher les films à l'instant même où le producteur à l'idée de son film.

Les studios de cinéma CLA à Ouarzazate

Ouarzazate devrait pourtant devenir une ville plus attractive

Almaouja.com - Il faut dire que l'assoupissement ambiant de Ouarzazate ne doit pas donner envie de venir ici ?

AT - La ville n'est pas assez responsable. La ville devrait elle aussi chercher à harmoniser les offres de ses services vis à vis des productions cinématographiques. Là encore, il est question de professionnalisation. Et puis il nous faut reconnaitre que Ouarzazate est ennuyeuse pour les personnes qui viennent y travailler pour une longue période. Il manque de divertissement et malheureusement personne ne pense à en créer car l'absence de touristes rend difficiles de nouveaux investissements. Ouarzazate devrait pourtant devenir une ville plus attractive pour le cinéma et pour le tourisme national et international.

Almaouja.com – Parlez-nous de l'entreprise qui porte ici les activités de cinéma.

AT - Sanam Holding est un groupe diversifié qui est un des acteurs majeurs dans le secteur de l'agro-alimentaire, de la finance et de la distribution. Le groupe a entamé sa présence dans le cinéma à partir de 2004 avec le lancement de la société CLA et le montage des studios du même nom inaugurés en 2005 avec un partenariat avec le producteur italien Dino De Laurentiis et les studios de ciénéma Cinecitta. En 2008, nous avons racheté les studios Atlas qui ont été construits en 1984. Les deux studios sont complémentaires. L'activité du cinéma est certes minoritaire dans la holding mais très importante sur le plan stratégique. Et puis il y a la partie hôtellerie avec l'Oscar Hôtel ainsi que deux autres établissements à Rabat et Casablanca.

Almaouja.com - Et la formation du cinéma à Ouarzazate ? Est-elle en adéquation avec les besoins réels ?

AT - Je ne suis pas directement utilisateur de ces formations car nous ne faisons que louer nos installations. Mais je peux dire que ces formations ne sont pas suffisantes dans la mesure où il manque à l'étudiant une base solide en culture générale sur le cinéma, base indispensable dans ces métiers, ainsi que de la pratique tout au long de sa formation. Il s'agit en effet de maitriser les langues étrangères, de connaitre les référents culturels et cinématographiques du monde. Cela se joue avant, à l'école, au lycée. Savoir travailler autour d’une caméra, ce n'est plus suffisant. Il faut aussi un esprit d'entrepreneur et cela doit s'inculquer dès le plus jeune âge. Ces jeunes désireux de s'engager dans les métiers du cinéma doivent certes se former mais ils doivent surtout se positionner en tant que vrai professionnel. Ils ne doivent pas avoir peur de créer leur propre entreprise, de manière claire, pour ainsi élever le niveau de qualité des prestations et se sortir de l'économie informelle. Ces formations doivent s'ouvrir aux autres écoles d'autres pays. C'est important. Et quel que soit le devenir du cinéma à Ouarzazate, ces formations serviront l'industrie de la télévision marocaine.

Almaouja.com - Vous revenez du festival de Cannes, votre séjour a-t-il été
utile ?

AT - Je reviens de cannes où j'ai participé à l'animation du stand Maroc organisé par le Centre Cinématographique Marocain. Beaucoup de personnes sont venues à notre stand pour prendre de l'information. J'ai pu constater que le Maroc intéresse beaucoup mais les deux questions qui reviennent sont toujours les mêmes : y a-t-il des coproducteurs au Maroc et quels sont les avantages proposés par le pays ? Le Maroc malheureusement est loin derrière l'Afrique du Sud, le sud de l'Espagne, le Canada ... en termes d'avantages fiscaux proposés aux productions. J’ai été surpris de voir le nombre de professionnels du cinéma d’origine marocaine exerçant en Europe.

Almaouja.com - Vous vivez à Casablanca et êtes originaire de Fès, quel regard posez-vous sur Ouarzazate que vous retrouvez ainsi périodiquement ?

AT - Une étude de la Vie économique montre que Ouarzazate est classée comme la meilleure ville du Maroc pour la qualité de vie. Je confirme cette étude et cela grâce à la qualité du climat et de la qualité humaine des autochtones. Il reste que la ville doit être accessible plus facilement. Il manque aussi des prestataires diverses de qualité. Il faut souvent faire appel aux fournisseurs d’autres villes pour s’assurer d’une qualité certaine. La concurrence est vive au Maroc entre les villes. Les efforts entrepris depuis une dizaine d'années commencent à porter leur fruit mais il n'y a pas de baguette magique. Il faut encore plus de temps. Il faut surtout agir sur le désenclavement pour encourager l’entreprenariat.

En savoir plus

. Les studios de cinéma CLA 

. Le Centre Cinématographique Marocain

. Ouarzazate Film Commission

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