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Rétrospective de la participation de la société civile du Sud Est Maroc au projet de régionalisation avancée

  • Écrit par La rédaction
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Lhoucine Oussoukel, du tissu associatif de Ouarzazate, vu par A. Azizi

La société civile de la région du Sud Est a été très engagée dans le processus de concertation relatif au projet de la régionalisation avancée mené en 2010. Cette dynamique collective et coordonnée a été l’œuvre des réseaux associatifs des quatre provinces du Sud Est : le tissu associatif pour le développement à Ouarzazate, le réseau associatif pour le développement et la démocratie à Zagora, la fédération des associations de développement à Tinghir et le réseau des associations de développement du Sud Est à Errachidia. Mr Lhoucine Oussoukel, membre fondateur du tissu associatif de Ouarzazate a participé à toutes les étapes de cette concertation. Il dresse un récapitulatif de cette période cruciale dans les réformes engagées récemment par le Maroc tant au niveau national que régional.

Almaouja.com - Vous avez participé à ce processus de conception et de concertation autour du projet de la régionalisation avancée à l’échelle de la région du Sud-Est. Pourriez-vous nous mettre dans le contexte de cette dynamique ?

Lhoussine Oussoukel - La collaboration entre les réseaux associatifs de la région du Sud Est remonte à des années avant, surtout autour des problématiques de développement de la région. Ils représentent la dynamique menée par la société civile dans ce territoire. Ces réseaux ont été actifs dans le projet de la régionalisation avancée. Différentes rencontres ont été organisées dans les provinces en question autour de ce chantier afin de faire avancer les réflexions sur ce point. L’objectif était d’élaborer une vision commune de la régionalisation avancée qui convient aux spécificités de notre région et aux aspirations de sa population.

Nous étions déterminés à ouvrir un débat qui engage tous les intervenants dans le fait local et régional notamment les services extérieurs, le secteur privé, la société civile, les partis politiques, les syndicats… Quant au découpage territorial régional, trois choix ont été proposés : le premier est de garder le découpage régional actuel autrement dit la région Souss-Massa-Drâa. Le deuxième est d’annexer, comme c’était le cas avant, Ouarzazate, Zagora et Tinghir à la région de Marrakech. Le troisième est de créer une nouvelle région indépendante qui réunit les provinces de Ouarzazate, Zagora, Tinghir et Errachidia. Cette dernière option parait plus réaliste et crédible vu l’héritage et les défis communs des provinces concernés. Certaines voix appelaient même à annexer la province de Tata. Quant à Figuig c’est plutôt l’oriental.

Almaouja.com - Est-ce que vous avez pu vous imposer auprès de la commission consultative de la régionalisation à travers votre niveau de mobilisation, de coordination et de proposition ?

L.O - Certainement. Dans ce cadre nous avons envoyé un mémorandum à la Commission consultative de la régionalisation avancée sur notre conception à propos de la régionalisation au niveau de territoire régional du Sud Est. Notre proposition a été adoptée dans sa totalité par la Commission. Cela montre la force de proposition que représente la société civile dans la région du Sud Est. C’était vraiment une dynamique de concertation et de proposition à la hauteur des enjeux. Cependant, après la diffusion du rapport de la Commission, certains acteurs, en l’occurrence les partis politiques au niveau de la région, s’opposaient au découpage territorial proposé sous prétexte que la région appelée officiellement Drâa-Tafilalet est très pauvre. Ce qui est loin d’être objectivement démontré d’une manière convaincante.

Almaouja.com - Il parait selon vos propos que la société civile de la région du Sud Est a été active dans le cadre du projet de la régionalisation avancé. Est-ce que les élus, les acteurs publics et les partis politiques avançaient au même rythme voir au même degré de motivation que les réseaux associatifs dans ce projet ?

LO - C’est exactement le grand point faible de la région du Sud Est. Le débat mené par la société civile n’était pas, malheureusement, accompagné par les autres acteurs politiques et les élus dans notre région. Pour les partis politiques, la bureaucratie et la centralisation sont le grand obstacle qui freine leur engagement dans de tels chantiers très stratégiques pour l’avenir de notre région. Nous étions animés par l’espoir d’établir une convergence autour du fait régional à travers la participation et la contribution de tous les acteurs. Mais ça n’a pas abouti. Le tissu associatif régional a fait cavalier seul y compris dans la campagne de plaidoirie en faveur d’une région Sud qui ait le droit de mobiliser ses potentialité humaines, culturelles et naturelles pour un développement durable et intégré. Cela illustre un flagrant déficit en matière de démarche participative dans laquelle les responsables politiques s’engagent pleinement en faveur du développement de la région.

Nous n’avons rien gagné d'être ainsi annexés aux régions de Marrakech ou d'Agadir

Almaouja.com - Vous êtes très favorable au découpage régional proposé par la commission et qui fait de Drâa-Tafilalet une région à part entière. Selon vous, quels sont les point forts voir les opportunités que recèle cette région qualifiée jusqu’alors de zone pauvre, reculée, Maroc inutile, Maroc de fond… ?

L.O - En réalité la région Sud Est plutôt appauvrie. Elle a un gisement important en matières premières notamment les mines de Bouazar, Imini, Imider…. Sauf qu’il faut adopter une bonne gouvernance pour investir à bon escient les revenus de ces richesses naturelles dans le développement de la région et le bien être de sa population. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et la population et le territoire n’en tirent pas profit. Les atouts paysagers et culturels font également de la région une destination touristique prometteuse. Reste à les valoriser et à y investir différemment et intelligemment. A part ses secteurs classiques en l’occurrence les mines, le tourisme et le cinéma, qu’il faut repenser d’ailleurs, notre région s’impose comme territoire de secteurs novateurs et durables, le futur complexe solaire de Ouarzazate est un projet pilote.

Il est à signaler que la nouvelle constitution a établi des fonds de solidarité. Notre région à le droit, voir la priorité, d’en bénéficier dans le cadre d’une discrimination positive. Nous n’avons rien gagné d'être ainsi annexés aux régions de Marrakech ou d'Agadir. Au contraire ces deux mégapoles économiques ont largement épuisé notre région. Il est temps que cette zone tente sa chance comme région indépendante. Après des décennies de marginalisation et de discrimination, l’Etat est appelé à rendre justice à notre région dans une approche territoriale basée sur le droit au développement. Quant aux acteurs locaux, il est de leur devoir de plaidoyer ensemble en faveur d’un développement durable de la région du Sud Est.

Il faut jouer la carte de la société civile

Almaouja.com - Est-ce que vous croyez que la classe politique locale voir régionale est à la hauteur du challenge que représente le projet de la régionalisation avancée ? Ont-ils les compétences requises pour piloter le développement de la région et pour jouer le rôle de locomotive, de leader?

LO - La dynamique politique qui a mené à l’élaboration de la nouvelle constitution répond à un besoin légitime de dynamiser le champ politique national. En vérité les anciens acteurs politiques ne sont plus à jour. Les enjeux les dépassent. Les parties politiques manquent de rajeunissement de leurs structures. Les antennes locales s’activent uniquement pendant les périodes des élections. Il faut miser sur les jeunes et les femmes qui représentent une grande partie de la population en leur accordant une grande marge de manœuvre voir de décision dans le champ politique au niveau communal, provincial et régional. Il faut aussi jouer la carte de la société civile. C’est à elle de créer et de lancer des dynamique de développement, de jouer le rôle de fédérateur. Cependant, Il faut aussi se concerter avec les partis politiques. Nous sollicitons la mobilisation et l’engagement des élus et des collectivités territoriales de la région déclencher une dynamique de développement dans la région.

Almaouja.com - En tant qu’acteur associatif, que doivent faire les acteurs locaux et régionaux pour mener à bien le projet de la régionalisation avancée à l’échelle de la région du Sud Est ou Drâa Tafilalet ?

LO - Il faut tout d’abord promouvoir la communication entre les différents intervenants dans le fait local et régional. La concertation est aujourd’hui plus urgente qu’avant pour définir les priorités et une vision commune en matière de développement de la région. Dans ce cadre, les plans de développement communaux sont une opportunité à exploiter. Une fois la convergence établie et la vision clarifiée, tous les acteurs, chacun de son coté, doivent contribuer à l’édification de ce socle en l’occurrence un développement approprié de la région du Sud Est. Elus, société civile, services extérieurs, médias, parties politiques sont tous appelés à se concertés ensemble pour relever ce défi.

A découvrir

- A télécharger : le mémorandum sur la régionalisation dans le Sud Est Maroc

- A télécharger : le rapport officiel sur la régionalisation avancée

 

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