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Sur la vague du nouveau Maroc

éclairages

Le droit à un accès routier sécurisé entre la région Sud-Est et le centre du Maroc

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Lekbir Ouhajou à Ouarzazate par A. Azizi pour almaouja.com

L’intervention de Mr Lekbir Ouhajou, enseignant universitaire, consultant et membre de la commission régionale du conseil national des droits de l’homme à Ouarzazate lors de la journée de plaidoyer sur le tunnel du col Tichka organisée le samedi 22 septembre 2012.

« Pourquoi le débat sur le tunnel de Tichka aujourd’hui ? Le drame de 4 septembre n’est qu’un incident qui a fait remonter à la surface une problématique très ancienne. Il faut surtout intégrer le débat sur Tichka dans le cadre de l’aménagement du territoire, de l’équilibre entre les régions et de la concurrence territoriale. Notre région Sud-Est doit atteindre le même niveau de compétitivité que les autres régions comme Tansift Elhaouz, Tadla-Azilal avec le maintien du principe de solidarité entre toutes les composantes territoriales du pays.

Il s’agit de lier le Sud-Est du Maroc au Centre voir le Nord

Pour dissiper toute confusion et contrairement à l’idée courante, naïve, qui réduit la problématique de Tichka à la liaison entre Ourazazate et Marrakech, le problème revêt une dimension stratégique. Il s’agit de lier le Sud-Est du Maroc au Centre voir le Nord. Le tunnel est juste une expression adoptée préalablement. Mais ce qui importe, c’est d’assurer un accès sûr et sécurisé qui traverse l’Atlas. Un accès qui constituera un axe capable de rétablir l’équilibre de l’ensemble du territoire national. Lequel connait un déséquilibre flagrant.

Je précise que l’aménagement et la structuration du territoire national depuis le protectorat jusqu'à aujourd’hui est handicapante. Les documents officiels de l’aménagement du territoire national emploient deux expressions opposées pour diviser le territoire national : « les pôles du développement » désignent le nord alors que la région situé au sud-est du grand Atlas est désignée officiellement par « les pôles ou régions reculés ». Cette appellation péjorative et discriminatoire fait comprendre que notre région est loin du développement au moins dans les documents officiels. Donc le Maroc atlantique ou le Nord a été structuré au détriment du Sud-Est. A titre d’exemple l’axe Europe-Afrique concrétisé à travers le tronçon de l’autoroute reliant Souss à Elhaouz (Agadir-Marrakech) et la route maghrébine à travers la rocade du rif.

Le Sud-Est était la colonne vertébrale de l’économie du Maroc au 16ème et 17ème siècle

Je rappelle que le Sud-Est était la colonne vertébrale de l’économie du Maroc par excellence au 16ème et 17ème siècle. Après la montée en puissance de l’Europe au niveau économique, les régions atlantiques sont devenues le centre d’intérêt de l’Etat et par conséquent un pôle de concentration de projets et de services, alors que le Sud-Est est passé pour un territoire marginalisé. A tort, l’Atlas est devenu une barrière naturelle, une ligne de séparation qui se traduit par des expressions à connotation opposée qui favorisent une partie et discrimine l’autre : le Maroc du nord et le Maroc du sud de l’Atlas, le Maroc utile et le Maroc non-utile, le Maroc des richesses et le Maroc pauvre, le Maroc favorisée et le Maroc marginalisé. Mais l’appellation officielle la plus choquante est « le Maroc facile à aménager » pour désigner le Nord et « le Maroc difficile à aménager » pour désigner le Sud-Est.

le droit au développement

Pire, cette barrière ne se réduit pas simplement à l’infrastructure routière mais s’étend vers l’aménagement et la structuration urbaine puisque toutes les villes du Maroc sont concentrées dans l’axe méditerranéen et atlantique. Idem pour le réseau routier et ferroviaire ainsi que les autres services. Face à ce déséquilibre territorial et cette injustice sociale, la question qui se pose est la suivante : jusqu’à quand serons-nous condamnés à subir cette inégalité ? Je suis convaincu que le contexte actuel est très favorable à l’inversion de cette tendance. Aujourd’hui le déséquilibre territorial et l’absence de l’égalité sociale entre les différentes composantes du territoire national sont inacceptables. De plus, l’évaluation des projets à une époque où le développement humain prévaut ne se base plus uniquement sur l’angle étroit de la faisabilité économique et financière. Il est impératif aussi de prendre en considération d’autre volets qui ne manque pas d’importance notamment l’environnement, la culture et l’égalité sociale. Bref le droit au développement. Après des années voir toute une époque de marginalisation du Sud-Est, il y lieu aujourd’hui d’optimiser le temps du développement à travers la réalisation des infrastructures structurantes sachant que la technologie aidera beaucoup à réduire le facteur temps et à résoudre les problèmes techniques.

Il faut plaidoyer pour désenclaver notre région

Il faut également adopter la même vitesse à propos du développement de tous les territoires du pays à partir du principe de solidarité et de la discrimination positive entre ces territoires. Le désenclavement et le développement de la région Sud-Est dépend fondamentalement de ces infrastructures structurantes. Que faire aujourd’hui ? Il faut plaidoyer pour désenclaver notre région à travers la réalisation d’installations voir des infrastructures d’accès sûres reliant le Sud-Est au nord du pays. C’est un droit légitime de la population de cette région. Je rappelle que dans un Maroc des grands chantiers, d’une nouvelle constitution et d’un projet de régionalisation avancée, la réalisation de ce genre d’infrastructures contribuera sans doute à l’édification d’un Maroc de démocratie qui adhère vigoureusement aux objectifs du troisième millénaire. »

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