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Sur la vague du nouveau Maroc

L’oiseau migrateur qui détonnait

Le printemps s’annonçait plutôt bien. Les arbres revêtaient leur feuillage verdoyant. Tout était beau autour de moi. Je me régalais de la symphonie mélodieuse des oiseaux et de la senteur capiteuse vernale. Sous le soleil radieux, qui envoyait ses rayons chaleureux pour dissiper cette rosée matinale humectant la végétation surabondante, je parcourais des yeux tout le long de la rivière, à la recherche de mon oiseau migrateur que je guettais depuis des jours, le petit gravelot dont la beauté contrastait étrangement avec son gazouillement.

Je commençai à trouver le temps bien long quand enfin je le vis atterrir à une centaine de mètres de moi ; je savais très bien qu’il serait au rendez-vous.

Je contemplais, émerveillé, cette merveille de la nature qui s’abandonnait à des va et vient au bord de la rivière comme pour faire parade de sa beauté resplendissante. Cette fois, il allait peut-être m’égayer d’un chant merveilleux autre que celui de la dernière fois. Car il avait l’habitude de détonner si bien que je prenais toujours son chant pour une moquerie ou une insulte proférée contre les humains réputés par leur mentalité possessive et capricieuse. En fait, à chaque fois qu’il débarquait chez nous, il s’attendait au changement; c’était du moins ce que je comprenais parce que nous nous connaissions depuis longtemps.

Je l’observais avec plus d’attention ; il s’envolait d’un endroit à un autre afin d’examiner la moindre trace humaine. Il n’aimait pas les hommes et ne tolérerait aucunement qu’on s’approchât de lui, car il les accusait de pires méfaits commis non seulement à l’égard de leurs semblables, mais aussi contre la nature.

A son passage, il trouvait toujours les eaux polluées, la végétation piétinée et les animaux malmenés. Et il s’en allait, déçu comme à l’accoutumée, tout en proférant son fameux ramage qui n’avait de sens qu’une moquerie injurieuse.

Je me dis cette fois, quelque chose de beau, de bon ou de sain pourrait l’intéresser et l’inciterait à rester parmi nous. Car son passage était toujours furtif. Je le vis qui s’affairait à son toilettage au milieu de l’eau. C’était pour moi un bon signe. Je me fis petit entre les arbres de crainte de l’effrayer ou de le déranger dans sa besogne intime. A vrai dire, il était sensible au moindre bruit provenant des humains. Entre temps, il se tourna à droite et à gauche. Il semblait aux aguets comme un faucon dans son nid. Il suspectait tous les bruits. Il avait de quoi se méfier ; les humains n’étaient bons que pour le mal.

J’attendais encore, impatient. Ma curiosité fut si grande que je m’approchai lentement de lui. Je voulais savoir à tout prix s’il était satisfait de son séjour parmi nous. Mais j’eus peur qu’il s’enfuît. Je reculai donc pour garder cette distance suffisante de sécurité entre nous deux. Il se sentait à l’aise dans sa solitude ; la preuve : il continuait son toilettage et faisait comme si de rien n’était.

En attendant, je méditais longtemps sur notre écosystème précaire. Des pensées éparses se bousculaient dans ma tête. Puis un souvenir enfantin refit surface : Chaque matin, je me dirigeais vers les champs pour attraper des oiseaux histoire de les manger grillés sur place. Chaque jour la même chose de telle sorte que ça devenait une manie indomptable émanant d’un oiseleur que j’étais et dont la ruse et la patience servaient d’appât pour saisir les oiseaux les plus défiants. Mais ce passé douloureux pour les oiseaux et aussi pour moi ne me laissait que des remords amers. Je compris finalement, mais tardivement, que cette gent volatile avait un rôle extrêmement crucial dans la sauvegarde de notre écosystème, à l’instar des autres organismes animaux et végétaux.

Au-delà de ce rôle écologique, les oiseaux nous transmettaient sans arrêt des messages que nous devrions décoder pour contribuer à la conservation de ce biotope terrestre vital pour l’Homme. « La nature parle, il faut l’écouter » disait un philosophe. Je me dis encore, si mon oiseau détonnait à chaque visite, C’était mauvais signe. Sans doute avait-il des ennuis avec les humains.

C’était déjà onze heures ; Je le contemplais encore quand tout à coup j’entendis des pas précipités non loin de moi. Je me penchai pour voir de qui il s’agit. C’étaient des foulées de femmes portant chacune leur fardeau sur le dos et se dirigeant vers la rivière pour reprendre leur rituel malsain et habituel, polluer les eaux avec leurs saletés et leurs crasses. Une scène à faire rougir de honte ; mais hélas, elles avaient toute honte bue.

Mon oiseau était encore sur place. Tantôt il fouillait dans l’eau à la recherche d’un moindre petit ver, tantôt il observait tout autour de lui. J’avais toujours peur qu’il quittât les lieux sans faire un beau geste. Heureusement, les femmes dont le bruit cessa s’évanouirent, comme englouties par la verdure. Je restai cloué au sol pour admirer encore cet oiseau de qui j’attendais un message vocal qui me délivrerait de mon supplice moral.

L’oiseau s’appliquait à becqueter sa nourriture. Soudain, un ronronnement d’engin se fit entendre. C’était un camion rempli de sable venant de la rivière, qui roulait avec des éclaboussures et de bruit à faire réveiller les morts. Mon oiseau n’eut de solution que de s’envoler à tire-d’aile. Il me quitta, hélas, avec la même moquerie injurieuse d’autrefois qu’il émit avec presque les mêmes syllabes d’un gros mot de ma langue maternelle. La joie me quitta elle aussi pour céder la place à une triste amertume. Je m’oubliai alors dans un calme désespoir qui me taquinait. Je m’entretenais en aparté avec ma conscience harcelée sans répit par les scrupules. - Jusqu’à quand l’Homme continuerait –il à déranger la nature ? Me demandai-je amèrement. Mais je me consolais à l’idée qu’un jour mon oiseau chanterait juste, n’en déplaise aux humains qui ne cessaient de porter atteinte à la nature.

 

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