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Sur la vague du nouveau Maroc

Quand les mots ont une voix …

Je m’assieds tout près d’un ruisselet. Je contemple cette eau suintante et amorphe, origine de toutes les vies, qui emporte les feuilles et le temps avec elle pour ne jamais revenir. Je médite sur le sort des hommes d’ici-bas. Une folle rage presque incontrôlable me ronge les entrailles. J’ai envie de pleurer, de crier des injures à tout le monde et de vomir ce sentiment violent qui me déchire. Mais ma sagesse m’en empêche.

Je ressens aussi une envie insatiable qui m’appelle à écrire. Je lui obéis sans réfléchir, espérant que l’écriture amadouera ma douleur intérieure. Soudain, je sens des frissons m’envahir. Ils me montent dans l’âme et me picotent comme l’épine d’une fleur. Je tressaillis comme si je suis frappé au visage et me met debout pour changer la position de mon corps, croyant que je ne me suis pas assis assez confortablement…

Je me rends compte, mais un peu tard, que ce sont les mots qui me chatouillent et m’excitent en jasant d’une langue inintelligible au départ. Je n’arrive plus à décoder leur message, car je suis encore sous l’emprise de la colère. Puis je me dis, voilà des êtres avec qui je vais partager ma solitude et ma rage, puisque les humains, ivres d’égoïsme, dérangent et rongent leurs semblables. Je leur dis d’un ton élégiaque : la vie est trop injuste de nos jours ; quand elle fait d’une marionnette une vedette et d’un blasphème ou d’une humiliation une gloire ; quand les hommes, les vrais, périssent dans le noir et les crétins jouissent sous les lumières ; quand on milite pour les droits et on piétine les devoirs, eh bien n’est ce pas là de l’injustice ? C’est pire encore, c’est une injure par-dessus tout. Un monde vraiment immonde ! Je prononce ces phrases désolantes avec une frustration immensurable.

J’entends alors des paroles à peine audibles et intelligibles cette fois-ci. -Tu ne peux pas changer le monde, dit-on autour de moi, en me gratouillant Comme pour me réveiller d’un rêve utopique. Vouloir que le monde soit conforme à tes croyances et tes principes est une bataille vaine et perdue à l’avance, poursuit-on en chœur.

Je devrais donc me conformer aux règles imposées par le nouveau monde quoique mes principes relèvent du bon sens bafoué par les nouvelles conventions ? M’interrogé-je abattu comme si j’endosse un lourd fardeau pesant sur mes muscles et mes croyances qui commencent à perdre haleine.

Les mots me secouent encore une fois d’une telle force que ma tête bourdonnante me fait douloureusement mal et risque d’éclater à tout moment. Je dis, et c’est aux mots que je m’adresse, que si je n’éclate pas en posant ce genre de questions, je finirai un jour dans un asile de fous. A ce moment-là, un gros mot dont la sonorité résonne très fort se détache des autres mots, avance vers moi et me dit d’une voix de stentor : Tu te prends pour un saint ? Garde ton caractère fautif et humain et ne nage pas contre le courant.

Je faillis céder ; mais, à ma grande surprise, ma question réussit à aller droit au cœur si bien que son impact est terrible. Des myriades de mots, initialement enthousiastes et belliqueux régressent, réticents, et font preuve d’une sagesse inattendue. Je suis enfin soulagé ! Pour me témoigner de leur bonne foi, ils s’en vont, s’éparpillent et m’assurent qu’ils reviendront souvent, plus nombreux encore que jamais. Quant à moi, je me sens victorieux et une bonne humeur enivrante m’assaillit et me comble de joie.

 

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