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éclairages

Les énergies renouvelables à la faculté polydisciplinaire de Ouarzazate

  • Écrit par La rédaction
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Salma El Aimani - Energies renouvelables à la FPO par A. Azizi

Salma El Aimani est professeur-chercheur en énergie éolienne. Originaire de Marrakech, elle a intégré la Faculté Polydisciplinaire de Ouarzazate dès son ouverture en janvier 2007. Titulaire d'un doctorat (Génie électrique) en 2004 à l'Ecole centrale de Lille, elle a ensuite rejoint différentes écoles dont l'Ecole supérieure des Technologies Industrielles Avancées (ESTIA) de Biarritz puis l'Ecole Nationale Supérieure de Paris pour compléter ses compétences notamment en système hybride éolien / solaire. Aujourd'hui, elle est professeur en génie électrique et énergie éolienne dans le cadre de la filière : Techniques d'Exploitations des Energies Renouvelables (TEER), d’électronique pour la filière : Techniques cinématographiques et audiovisuelles. Impliquée dans les comités d’organisation et scientifique de la Conférence internationale sur les énergies renouvelables et le développement durable (IRSEC 13) qui se tiendra à Ouarzazate du 7 au 9 mars 2013, Salma El Aimani nous présente la filière énergies renouvelables de la FPO.

Almaouja.com - Pouvez vous nous expliquer l'historique de la filière Technique d'Exploitation des Energies Renouvelables ?

Salma El Aimani - La FPO (Faculté Polydisciplinaire Ouarzazate) s’est engagée depuis l’annonce du projet solaire d’Ouarzazate en 2009 à mettre en place une licence professionnelle intitulée « Techniques d’Exploitation des Energies renouvelables ». Ce choix s’est imposé comme une évidence. 

Dès 2007, je faisais déjà des conférences à la faculté sur la production électrique via les énergies renouvelables. Avec des collègues de la faculté, sous la direction du M. Moha Ikenne, le prédécesseur du Doyen actuel de la faculté, nous avons alors exposé au président de l'Université Ibn Zohr l'intérêt pour la faculté comme pour la région de Ouarzazate d'ouvrir une telle filière. L'université et le ministère de tutelle ont accueilli cette idée avec bienveillance. La filière a ainsi vu le jour en septembre 2009. M. Hassan Chaib, enseignant chercheur, spécialiste en physique, à la faculté, est devenu coordonnateur pédagogique de cette nouvelle filière.

Almaouja.com - Pouvez vous nous décrire le contenu de l'enseignement délivré dans cette filière ?

SEA - Les étudiants futurs licenciés de la filière « Energies renouvelables » se doivent d’être opérationnels et compétents dans les secteurs d’exploitation et de maintenance des installations de production d'énergie renouvelable. Dans la filière TEER , ils font l'acquisition des bases fondamentales pour la mise en œuvre et la maintenance des sources d’énergies renouvelables (solaire avec ses différentes formes, notamment le photovoltaïque et le thermique, ainsi que l’énergie éolienne). Cette filière comprend des modules de physique de base (mécanique, optique, électricité, thermodynamique et électronique) et des modules spécialisés, notamment en solaire thermique et photovoltaïque, en éolien, en automatique, en régulation industrielle et en électronique numérique. Nous avons la chance de compter parmi nous des enseignants compétents et spécialisés dans tous ces domaines et je profite de l’occasion pour rendre hommage à mes collègues Hicham Charifi, Mohamed LMOUCHTER, Thami AIT TALEB, Lahoucine El MAIMOUNI, Hamid ZIDOUH. 

Des modules complémentaires sont ensuite proposés pour accompagner cette formation technique, comme les mathématiques, de la chimie, du français, de l'anglais, du marketing, du management.

Les étudiants diplômés de cette filière professionnelle seront amenés à intervenir dans les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et de l’électrification urbaine et rurale. La valeur ajoutée de cette filière se manifeste ainsi en alliant le caractère professionnel, en apportant les fondements d’une activité professionnelle dans le domaine des sciences et techniques appliquées à la maîtrise des énergies renouvelables, et le caractère académique, en offrant la possibilité à ces lauréats de poursuivre leurs études dans le domaine de la recherche appliquée et de l'enseignement.

Le stage réalisé à la fin de la formation permet à l’étudiant d’acquérir une expérience professionnelle du métier. Il a la possibilité de confronter ses connaissances techniques aux réalités du terrain et de valider sa capacité à appréhender les difficultés d’un sujet et à trouver les solutions adéquates. Cela signifie que l’étudiant sera à même dans ce stage de prendre des initiatives, de faire preuve de créativité, de sens de l’organisation, d’animer une équipe, de proposer, et d’anticiper. La fonction occupée peut revêtir un caractère opérationnel ou fonctionnel.

Almaouja.com - L'année 2012 aura donc vu la fin d'un premier cycle de 3 années et donc la sortie de la première promotion d'étudiants. Qu'ont ils fait ensuite au sortir de cette filière ?

SEA - Au départ en 2009, nous avions démarré avec environ 40 étudiants. A ce jour, nous avons près de 200 étudiants sur l'ensemble des 3 années et près de 90 étudiants pour la première année. La cérémonie de fin d’année 2012 a été marquée par la célébration de la première promotion qui comptait 16 lauréats. La moitié d’entre eux suivent leur cursus dans des masters spécialisés en énergies renouvelables au Maroc. Ils ont été acceptés sur dossier parmi une sélection serrée. Les autres ont rejoint d'autres formations pour devenir soit instituteurs ou professeurs de collèges, et un seul a été recruté dans une entreprise du domaine. Il faut savoir que l'objectif premier est bien entendu de poursuivre la formation et de se perfectionner.

En raison du nombre de places limité et de l’augmentation continue des candidats, nous sommes contraints de procéder à une sélection sur dossier à partir des notes obtenus au Baccalauréat en sciences mathématique ou technique. La moyenne minimale requise pour s’inscrire s’est arrêtée à 14/20. 80 % des étudiants sont originaires d’Ouarzazate et des environs.

Notre objectif est de doter ces étudiants d’une formation de qualité afin de les rendre capables d'intervenir sur des situations réelles de production d'énergie électrique et dans les secteurs du développement durable.

L'atelier énergies renouvelables à la faculté de Ouarzazate

Almaouja.com - Au bout de ces 3 années, quel bilan posez vous sur la filière TEER ? Quels sont les points forts et les points faibles ?

SEA - La filière a démarré sur un très petit niveau car à l'époque nous avions peu de matériel mais nous avons pu acquérir dès la deuxième année un matériel de pointe qui a couté 5 millions de Dhs, financé par l'Université. Ce matériel permet de confronter les acquis théoriques des étudiants avec les problématiques réelles des unités de production d’énergies renouvelables.

Globalement, nous pouvons dire que la filière TEER a atteint ses objectifs car elle a permis d'accroitre le rayonnement de la Faculté Polydisciplinaire de Ouarzazate dans le Maroc et de plus en plus de personnes arrivent jusqu'ici pour participer au développement d’Ouarzazate et de sa région. C'est ainsi que des experts de la GIZ, la coopération allemande, nous ont visité pour mettre en place des partenariats avec la faculté, notamment dans le cadre des 3 instituts de formation dans les métiers des énergies renouvelables et efficacité énergétique (IFMEREE) qui vont voir le jour au Maroc, à Oujda, Tanger et Ouarzazate. Ces instituts vont proposer de la formation continue pour les entreprises qui participent à la mise en œuvre du projet solaire car les centrales vont demander des emplois qui se doivent d'être aptes à répondre aux besoins techniques. Ils contribueront à promouvoir des partenariats fructueux avec les entreprises travaillant dans le domaine des énergies renouvelables en vue d’accompagner le projet pionnier de l'énergie solaire Maroc, d'une envergure internationale.

Les IFMEREE, ainsi créés, devront s’ériger en référence régionale en matière de formation et de qualification des salariés dans les secteurs des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. De par leur conception et leur mode de gestion, ils ont vocation à devenir une vitrine technologique dans ces secteurs.

La GIZ interviendra pour encourager des idées nouvelles et promouvoir des projets en relation avec l’exploitation des énergies renouvelables. Elle pourra contribuer au financement de plateforme pédagogique.

L’OFPTT et la FPO ont vocation à coopérer car ils ont des domaines d’interventions complémentaires et ils peuvent concrétiser des projets d’intérêt commun.

Le futur IFMEREE de Ouarzazate devrait se construire cette année 2013 dans les abords de la FPO.

La FPO veut s'inscrire dans ces projets en apportant de la formation mais aussi de la recherche car nous réfléchissons à monter un master en énergies renouvelables qui aura besoin d'une telle plateforme de recherche, trop onéreuse pour la seule faculté. Pour cela, la faculté envisage la préparation d’un master en énergie renouvelable pour former des compétences spécialisées qui peuvent être les acteurs de cette recherche scientifique.

Dans l'ensemble donc, la filière progresse dans le bon sens. Nous avons certes encore et toujours besoin de matériel nouveau pour la réalisation de nos travaux pratiques mais le bilan est positif. Les étudiants sont satisfaits du niveau de formation et le corps professoral est homogène. Nous avons des conventions avec des institutions reconnues au Maroc, comme l'ONE, pour que nos étudiants puissent faire leurs stages dans les meilleures conditions. Et notre relation avec MASEN va désormais nous permettre d'impliquer nos étudiants sur les sujets propres à la centrale d’Ouarzazate. Nous avons aussi en projet l'établissement d'une coopération avec l'Université de Fribourg, leader mondial dans le domaine d’énergies renouvelables, pour présenter des projets en collaboration avec une université française. L’objectif étant de renforcer la formation continue de nos enseignants comme de nos étudiants.

La filière énergies renouvelables à la faculté de Ouarzazate par A. Azizi

Almaouja.com - Pouvez-vous nous exposer en quoi consiste justement la coopération entre la FPO et MASEN ?

SEA – D’entrée de jeu, MASEN a adopté une stratégie participative en impliquant tous les acteurs de la ville dans ce projet. Parallèlement à la conception technique et logistique du projet, prépare les aspects liés aux volets de l’emploi, de la formation et de la recherche. Depuis le mois d’aout 2011, notre établissement en la personne de M. le Doyen est sollicité régulièrement pour participer à des réunions de coordination et de préparation des volets annexes à la construction de la centrale. Le MASEN cherche aussi à travers sa position de meneur du projet à nouer des contacts entre les sociétés et les établissements de formation qui sont la faculté et l’office. C’est ainsi que M. Mohamed Bernannou, chargé de développement au MASEN, accompagné des membres de la GIZ et les représentant de la société "SOITEC", constructrice de panneaux photovoltaïques, ont rendu visite à notre établissement pour évaluer les besoins en équipement de la faculté. Six mois plus tard, une commission dirigée par un expert de la Banque de France a tenu une réunion à la faculté en présence M. le Doyen et des enseignants de la filière pour évaluer la capacité de la faculté à accueillir éventuellement une plateforme pédagogique.

Depuis un an, MASEN est impliqué aux cotés de la Faculté et autre partenaires dans la préparation de la conférence internationale sur les énergies renouvelables qui se tiendra du 07 au 09/03/2013.

Nous réfléchissons aussi à la possibilité d'impliquer nos chercheurs dans la mise en place sur le site de la centrale solaire d'une plate forme de recherche. MASEN soutient aussi la filière pour le suivi de formations ou la participation à des conférences internationales de haut niveau.

IRSEC 13, une conférence d'envergure internationale à Ouarzazate

Almaouja.com - Pouvez vous nous expliquer en quoi va consister la prochaine conférence IRSEC 13 qui se déroulera à Ouarzazate entre les 7 et 9 mars prochains ?

SEA - IRSEC 13 est une conférence d'envergure internationale parrainée par IEEE, fondation internationale qui permet de distinguer les meilleures publications scientifiques sur la planète, toute matière confondue. Cette conférence va regrouper toutes les thématiques des énergies renouvelables comme le changement climatique, l'efficacité énergétique, le développement durable ... Sur 3 jours vont donc se réunir des chercheurs de nombreux pays, dont des sommités mondialement reconnues, qui vont proposer des conférences plénières sur les avancées en recherche sur les différents sujets. Peut être allons nous compléter la conférence par l'organisation d'une école thématique, et ce afin de profiter de la présence de tous ces chercheurs pour que des cours soient délivrés à des étudiants en 3ème année ou en master, également des doctorants travaillant dans les domaines et les thèmes de la conférence.

L'ouverture officielle de la conférence se fera le jeudi 7 mars 2013 et les travaux se dérouleront au centre de l'ONE, le village de l'électricien, jusqu'au samedi 9 mars 2013.

Les énergies renouvelables à la FPO par A. Azizi

Almaouja.com - Quelles sont les objectifs professionnels que vous vous fixez pour l'avenir ?

SEA - Mon souhait est de poursuivre et approfondir mon activité d'enseignant chercheur et d'être membre actif dans une coopération avec des partenaires qui permettront de développer vraiment la recherche au sein de la faculté, et pourquoi pas de monter un nouveau département de recherche qui puisse traiter les problématiques liées aux énergies renouvelables. C'est là ma priorité car c'est important de pouvoir apprendre des autres chercheurs. Il faut être à jour et amener des idées nouvelles dans nos pratiques. C'est pourquoi il est important de s'inscrire dans des réseaux de compétences, accompagner des étudiants dans leurs démarches de perfectionnement, me perfectionner moi même auprès d'experts qui sont allés plus loin que nous. La centrale solaire est là pour nous ouvrir un long sillon de perfectionnement et c'est un grand bien.

Les étudiants de la FPO sont les bâtisseurs de Ouarzazate

Almaouja.com - Pour terminer, pouvez vous nous faire partager votre regard sur Ouarzazate et son développement ?

SEA - Ouarzazate a déjà une chance immense de pouvoir bénéficier du projet solaire. La faculté est là pour développer la "matière grise" des étudiants, comme le disait Monsieur Youness Belahsen, le Doyen de notre faculté, pour accroître leurs potentialités car tout développement passe par les jeunes. Ce sont eux les bâtisseurs d’Ouarzazate mais le défi pour nous est de garder ces jeunes formés sur Ouarzazate pour qu'ils puissent participer au développement de la ville et là ce n'est pas gagné. Il faut à la fois les attirer et les faire rester. Tout le monde connait les problèmes de la ville comme son enclavement géographique. Il est vrai qu'il manque à Ouarzazate des espaces de récréation, de sport, de loisir. Il manque aussi des grandes surfaces, des galeries marchandes comme dans les grandes villes. Ouarzazate doit donc se développer et ne plus rester ni un douar ni une ville de retraités.

La faculté continuera ses efforts pour améliorer l’employabilité de ses lauréats par la mise en place de cycle de masters et de doctorats conformément à la décision du ministère de tutelle. La faculté est également appelée à diversifier d’avantage ses formations pour former des lauréats dans des secteurs très prometteurs mais non encore efficacement exploité, comme l’agroalimentaire, la mine, les produits de terroir ...

Les énergies renouvelables vont tenir une grande place dans le développement de la ville de Ouarzazate, notamment en raison des importants besoins en climatisation pendant la période estivale ou pour l’irrigation agricole.

Il manque aussi un rayonnement plus fort pour la faculté polydisciplinaire d’Ouarzazate pour qu'elle joue mieux son rôle dans la cité et son développement. 80 % de nos étudiants proviennent d'ici, eux les premiers ne sont pas encore de véritables moteurs d'animation dans la ville, mais on nourrit beaucoup d’espoir à la faculté où les étudiants étaient à l’origine de la préparation de plusieurs événements en harmonie avec notre environnement. Cette année nous avons assisté à la création de plusieurs clubs qui commencent à bouger comme le club de l’informatique qui dispense des séances de soutien aux étudiants qui en ont besoin, le club de l’anglais qui anime des séances de lecture, le club du cinéma qui assure la couverture télévisuelle des événements organisées au studio, le club de l’environnement qui a animé la plantation de 300 arbres. La faculté est certes encore jeune. Six ans, c’est modeste mais aujourd'hui, les étudiants se sentent beaucoup plus concernés par ce qui se passe ici, ils sont beaucoup plus enclins à s'ouvrir et la centrale solaire sans aucun doute les y incite.

Les perspectives sont très prometteuses d’autant plus que nous bénéficions d’un soutien important de la part de l’université et de son président le Docteur Omar Halli.

En savoir plus

- Sur almaouja.com : La Faculté Polydisciplinaire de Ouarzazate

- La page Facebook de la Faculté Polydisciplinaire de Ouarzazate

Le site de l'Université Iban Zohr

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