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Sur la vague du nouveau Maroc

initiatives

Solidarité professionnelle avec les futurs guides marocains

  • Écrit par La rédaction
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Exercices pratiques pour les élèves guides dans le Siroua par A. Azizi

Jean Pierre Datcharry est accompagnateur de montagne et exerce en tant que guide de désert et de montagne au Maroc depuis 35 ans. Lui et d'autres professionnels réunis au sein du club des réceptifs de Marrakech (agences de voyage spécialisée sur le secteur Nature et aventure), ils ont accompagné la mise en place de la nouvelle formation des guides aux espaces naturels délivrée par l'Institut de Technologie hôtelière de Ouarzazate. Après avoir participé en janvier 2013 à la sélection des 22 étudiants qui composent la première promotion, Jean Pierre Datcharry a organisé fin du mois de juin leur premier exercice de terrain en les emmenant pendant 3 jours dans les environs de Ouarzazate pour une randonnée en autonomie.

Almaouja.com - Pouvez vous nous décrire cette expédition que vous avez organisé pour les jeunes de la formation des guides aux espaces naturels ?

Jean Pierre Datcharry - Cette expédition consistait en l'ascension du Siroua par le versant Nord pendant 3 jours de marche en autonomie. Le Siroua ne fait partie ni du Haut Atlas ni l'Anti Atlas mais se situe entre les deux. C'est un petit massif volcanique à mi distance du Toubkal et de l'Anti Atlas. De Ouarzazate, il nous a fallu rejoindre Anzal sur la route de Taznakht, jusqu'à un village qui s'appelle Tachakocht.

Après ces 90 km en voiture, nous avons poursuivi à pied sur une piste pour ensuite bivouaquer au pied du Siroua, à 2.400 mètres d'altitude.

Une fois là, et pendant toute l'après midi, nous avons fait des manœuvres de cordes pour apprendre aux étudiants à effectuer des nœuds, à s'encorder, à faire une assurance pour tenir le client que l'on accompagne et qui pourrait chuter. Chacun des jeunes s'est prêté à ces manœuvres d'assurance et d'encordement.

Nous avons également travaillé la lecture d’une carte détaillée et des reliefs, l’utilisation d’une boussole. Il était nécessaire après la formation théorique en salle effectuée par l’école de mieux comprendre sur le terrain. Il y a encore une longue pratique à effectuer car l’orientation est la base de la sécurité.

Le lendemain, nous sommes partis à l'aube pour l'ascension du Siroua. Après 4 heures et demi de marche, nous sommes arrivés au pied du sommet qui prend la forme d'un pain de sucre volcanique. Pour accéder au sommet, un cheminement dans des gros blocs de granit puis il nous restait à faire quelques mètres d'escalade facile mais un peu aérienne.

A découvrir : en images, la randonnée par Abdellah Azizi

Almaouja.com - En quoi consistait leur apprentissage dans ce genre de situation ?

JPD - L'exercice consistait à mettre en place une corde main courante avec une deuxième corde d'assurance, pour permettre aux néophytes, les futurs clients de ces futurs guides, de s'engager sans problème et en toute sécurité dans ce genre d'ascension.

Mais nous n'avons pas fait que cela puisque nous avons aussi étudié les roches et la flore. Je leur ai demandé de composer un herbier pour leur apprendre à connaître les plantes. Tout cela fait partie de l'environnement des espaces naturels et c'est ce que le client peut demander car ce sont bien souvent des amoureux de la nature. Je leur ai donc montré différentes formes de fleurs ou plantes selon les lieux, entre les fleurs sur tiges, les fleurs sur coussinets et les fleurs semi aquatiques.

Ils ont aussi fait l'apprentissage de la logistique de campement. Monter une tente cuisine. Faire le pain, éplucher les légumes, faire la cuisine.

Almaouja.com C'était donc la première fois qu'ils pratiquaient ce genre d'exercice ? 

JPD - En effet c'était la première fois qu'ils allaient sur le terrain et ils étaient pleinement satisfaits et surtout demandeurs d'apprendre. C'est d'ailleurs pourquoi je leur ai demandé de faire des exercices pendant l'été, des devoirs de vacances, à savoir l'ascension de 6 sommets entre 3000 et 400 m d’altitude à décrire ensuite chacun dans un texte de 2 pages et enfin une randonnée de 6 jours qui elle devra être décrite sous la forme d'un compte rendu de 3 pages. Ces travaux d'été seront ensuite intégrés dans leur scolarité et comptera dans la note finale.

Leur transmettre la passion de ce métier et de la Nature

Jean Pierre Datcharry au Siroua par A. AziziAlmaouja.com - Si j'ai bien compris, vous vous positionnez en tant qu'enseignant ?

JPD - De manière volontariste, oui. Il faut savoir que dans le cadre de cette nouvelle formation des guides aux espaces naturels, il est prévu que la partie terrain soit animée et encadrée par des guides marocains professionnels. Le problème aujourd'hui vient du retard dans la disponibilité des financements devant couvrir l'intervention de ces guides. C'est pourquoi je me suis proposé bénévolement, en plein accord avec la direction de l'école, pour lancer leur apprentissage du terrain avant la période d’interruption de vacances car il n'est pas possible que ces jeunes ne passent pas l'essentiel de leur temps sur le terrain dans un apprentissage pratique de leur futur métier.

Mon premier objectif est de leur transmettre la passion de ce terrain qui sera leur environnement de travail, de la marche et de la nature, la passion de ce métier qui doit offrir aux visiteurs, les touristes, les meilleures conditions de découverte des si beaux territoires du Maroc.

Almaouja.com - Vous allez donc poursuivre votre implication auprès des étudiants ?

JPD - Oui, dans la mesure où les budgets ne sont pas encore débloqués, je veux continuer à m'impliquer auprès de ces jeunes étudiants. Et quand les guides marocains pourront prendre le relais, je reste prêt à les conseiller en temps que professionnel et à suivre l'ensemble de cette formation nouvelle dont je me sens le parrain, m'y étant impliqué depuis ses origines. Nous avons prévu que ces jeunes doivent au cours de leur formation de deux années être allés dans tous les territoires principaux où ils devront emmener des clients comme le Toubkal, le Siroua, le Jbel Saghro, le désert, la Tassaoute et le M’goun et surement la côte atlantique.

Les élèves de la formation de guide aux espace naturels par A. Azizi

Almaouja.com Quelle appréciation portez vous sur les dispositions de ces 22 jeunes à devenir de futur guide professionnel ?

JPD - Il faut se rappeler que l'Institut a du organiser deux sessions de sélection en raison du manque de candidats aptes à relever les défis de ce métier lors de la première cession et ce fut un très bon choix car aujourd'hui nous avons un groupe de jeunes tous issus de territoires naturels, montagneux ou oasiens, très motivés pour apprendre. Certes, ils ne connaissent pas encore les techniques ni même les différentes facettes de la Nature mais ils ont tous grandi dans un milieu naturel et même s'ils sont partis faire leurs études pour avoir soit un baccalauréat ou une licence, ils restent des enfants de la nature et c'est un vrai plus.

L'avenir du tourisme au Maroc dépend de la professionnalisation des métiers du tourisme

Almaouja.com - Comment voyez vous l'avenir de cette formation ?

JPD - Nous sommes au début d'un processus important, initié par le Ministère du Tourisme, qui vise à réorganiser les métiers de guide au Maroc pour le hisser aux normes qualitatives internationales. L'enjeu de cette formation, à Ouarzazate, est de fournir pour l'ensemble du Maroc des guides professionnels aptes à répondre aux attentes des touristes. L'enjeu est donc national et international puisque la clientèle principale est étrangère. Et c'est pourquoi, en tant que professionnel, je m'implique aussi fortement dans le déroulement de cette formation et tente de palier les faiblesses actuelles. J'estime d'ailleurs que mon implication, comme celle d'autres professionnels, est légitime car l'avenir du tourisme au Maroc, aujourd'hui en pleine crise de mutation, dépend justement de la professionnalisation des métiers du tourisme. La présence de professionnels au sein de cette formation est la meilleure garantie pour assurer un vrai transfert d'expérience et un accompagnement pédagogique de haut niveau.

Sans aucun doute, il va falloir réfléchir à organiser de manière plus structurée cet accompagnement pédagogique mais d'ici là, il n'y a pas de temps à perdre et je me suis dit qu'il n'était pas possible de laisser cette première promotion d'étudiants loin des réalités du terrain. Et c'est pourquoi j'ai décidé d'agir.

Nuit dans le Siroua pour les élèves guides de Ouarzazate par A. Azizi

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