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Sur la vague du nouveau Maroc

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Un nomade au royaume des abeilles

  • Écrit par Abdeljalil Didi
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Nourredine est un amoureux des abeilles comme de la nature. Il est surtout l'exemple du jeune marocain qui va au delà du chemin tracé par ses études. Il a su profiter de l'énergie de sa passion pour construire une approche saine et moderne de l'apiculture. Chemin faisant, il est constructeur d'un nouveau Maroc. Un exemple à suivre.

Dès l’antiquité, l’Egypte et la Rome Antique, de vieux papyrus évoquaient le miel. Hippocrate a lui aussi dénombré les bienfaits de cette substance végétale qui accompagne l’histoire de l’humanité. Toujours exaltée et estimée.

De nos jour et dans notre entourage, il y a encore des personnes impressionnées par l’insecte mystérieux, l’abeille, et son produit bénéfique le miel. Noureddine Ouadi en est un. Né en 1972 et originaire de Guelmim, il a grandi à Ouarzazate. Sa personnalité s’impose et ses propos ont un charme propre.

Quelque chose en lui fait capter facilement l’attention de son interlocuteur sans sentir le poids du temps qu’on passe à l’écouter. Le monde des abeilles le fascine. C’est en 1995 qu’il a eu le premier coup de foudre. Fils d’un fonctionnaire chargé de l’apiculture dans l’Office de la Mise en Valeur Agricole de Ouarzazate (ORMVAO), Nourreddine se glisse dans le monde des abeilles en feuilletant les documents de son père. « L’apiculture était pour moi un loisir au début. Je m’y suis accroché parce qu’elle donne un produit de luxe : le miel. Et surtout recueillir un fruit de la nature sans l’endommager me plait énormément… ! » souligne-t-il. Cette curiosité le poussa à accumuler des connaissances solides dans ce domaine. Il se lance dans l’apiculture en transhumance moderne en avril 2000 en contractant un crédit formule auto-emploi auprès de la banque Crédit Agricole.

C’est un coup de théâtre dans la vie de Nourredine. Licencié en langue et littérature arabe, tout le préparait au fonctionnariat. Quand soudain il se retrouve dans l’apiculture. Un domaine qui n’a rien à voir avec les bancs de la faculté de littérature arabe dans laquelle il a fait ses études. Ce basculement réussi d’un domaine à un autre est certainement porteur de sens à propos des potentialités de ce jeune. Il n’est pas du genre à porter le même costume. Le profil du diplômé aux connaissances figées ne lui convient pas. C’’est un jeune ingénieux, expansif et enthousiasmant.

Un apiculteur en transhumance qui suit le vol des abeilles

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Noureddine a une vie de nomade. Un apiculteur en transhumance qui suit le vol des abeilles. Ils les accompagnent là où elles peuvent se nourrir. Il transporte ses ruches et laisse paitre son cheptel d’une zone à une autre au rythme des saisons et de l’abondance de la végétation. Loin d’en faire un simple gagne pain, il fait sentir une touche d’affection voir d’admiration pour l’abeille qu’il privilégie dans ce type de rapport exceptionnel. Pour illustrer mieux sa pensée, il cite des adages de la culture populaire « l’abeille c’est à elle de décider si elle veut de toi ou non ».

Son récit sur le miel sent déjà la douceur. Des propos qui coulent doucement en parfaite harmonie. Agrémenté de prédisposition d’esprit et de souplesse des gestes. Il exprime parfaitement son sujet sans aucune distance ni factice. Nourreddine dresse un descriptif du miel, de ses types et ses couleurs à vous faire couler la salive : du miel jaune, au blanc en passant par le noir. Un petit arrêt pour inventorier les plantes mellifères telles les agrumes, le thym. Le tout pour mener à bien son explication sur la différence des couleurs et des goûts du miel.

Ses propos reprennent une autre couleur. Une autre envie de découvrir la richesse de ce personnage préoccupé par l’équilibre de l’écosystème. Nourreddine assimile clairement le rôle de l’abeille dans ce sens. Cette fois-ci il appuie ces propos par la prophétie d’Einstein « Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre ».

Il est certainement l’exemple d’un jeune entrepreneur engagé. Ces connaissances sont doublées d’un souci sur l’environnement. Sur le terrain, il ne manque pas de prendre le pouls du micro-environnement. La situation pour lui est loin d’être rassurante. Les mauvaises pratiques des gens précipitent la destruction de la nature : « un seul petit insecte, un seul arbre qui disparait, provoque un grand déséquilibre dans la nature et certainement dans notre vie ». Ce ne sont pas des affirmations stéréotypéees. Elles traduisent le caractère d’un jeune vigilant vis à vis de son entourage naturel. Conscient de sa fragilité et surtout de sa vitalité. Nourreddine dénonce fort les pratiques de déforestation, de déracinement sauvage des herbes, d’incendie des forêts, de pâturage abusif. Pour lui ce sont des actes irréfléchis et irresponsables qui précipitent une auto destruction inconsciente des hommes. Sur ce point, c’est sa facette militant de l'environnement qui brille fort en lui. « Je fais l’apiculture en transhumance moderne pour développer le secteur mais surtout pour sauvegarder l’abeille » dit-il avec un léger sourire.

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Les traits particuliers de ce jeune se prolongent dans la façon d’approcher son travail. Rien n’est laissé au hasard. C’est à prendre où à laisser. Pour lui tout doit être bien organisé pour aboutir au bon résultat. De la prospection des zones de transhumance jusqu’au placement des ruches.

Le miel n’a besoin de personne pour lui faire sa publicité

Qu’en est il du secteur ? De la pratique de l’apiculture chez le professionnels locaux ? Des habitudes des clients concernant le miel ? Il ne répond que pour sublimer d’avantage. Le bon sens ne le trahit jamais. Nourreddine a sa propre façon de voir les choses : que chacun assume sa responsabilité. Le miel n’a besoin de personne pour lui faire publicité. Pour lui les consommateurs ont des mauvaises habitudes. Par conséquent ils encouragent le marché informel du miel. Les aprioris et l’achat à l’aveuglette dans des conditions très mauvaises risquent de nuire à la santé de ce genre de personnes. Pourtant une autre catégorie de consommateurs a le goût du vrai miel. « Les gens ne font pas attention à l’emballage ni à l’étiquetage. Ils achètent un produit faux-miel dont ils ignorent l’origine et la nature ! Qu’ils assument alors leur choix ».

Côté activité, Nourreddine est très actif. Il assure des formations au bénéfice des associations féminines qui œuvrent dans le domaine de l’apiculture. Il accompagne volontairement les apiculteurs traditionnels afin de mieux développer leurs activités. Sa participation dans les rencontres et forums sur l’apiculture est très forte.

« Nous ne pouvons pas tous devenir des fonctionnaires »

Ce jeune ne s’est pas laissé chambouler par les orages de la crise des diplômés chômeurs. Un discours déclamatoire ? Ce n’est pas de son genre. Il ne foudroie jamais l’Etat. Nourreddine est du genre à saisir la moindre opportunité qui se présente sans se laisser crever dans un attentisme infructueux. Un jeune débrouillard qui change de casquette au bon moment. Il a son propre principe sur cette problématique : « Nous ne pouvons pas tous devenir des fonctionnaires. L’Etat à d’autres enjeux. Un diplômé que doit-il faire ? Croiser les bras ou manifester dans la rue ? Non il faut bouger et chemin faisant peut être on aura ce qu’on veut… Il faut être un joker ». C’est clair, Nourreddine est toujours prêt à retrousser les manches pour affronter les défis de l’avenir.

Jeune actif. Apiculteur scrupuleux. Nourreddine est un élément de la dynamique du nouveau Maroc. Motivé par le désir de faire partager son métier. Au fond de lui-même quelque chose l’attache à son cheptel placé quelque part dans la nature. En ayant le miel devant lui, il ne perd jamais de vue l’abeille. Son bourdonnement pour lui signifie la continuation de la vie.

Pour contacter Noureddine Ouadi

Tel : 06 67 89 31 92

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