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Sur la vague du nouveau Maroc

Journal d'une femme qui sait lire

  • Écrit par Lahcen Bouguerne

Lahcen Bouguerne enseigne au lycée Ibnou Sina d'Agdz. En 2012, il organise avec un groupe de lycéens l'écriture collective d'un roman qui traite de la condition de la femme berbère marocaine dans les régions Sud du Maroc. Ce livre, "Aïcha", est publié aux éditions Edilivre. Il publie en 2015 un autre ouvrage conscacré à Agdz, "Agdz porte amazighe de l'Afrique" aux éditions La Croisée des chemins. Aujourd'hui, il nous fait partager des extraits de son nouveau roman en cours d'écriture, "Journal d'une femme qui sait lire".

C'est la fin d'une agréable et douce journée hivernale. La brise commence à souffler délicatement sur la plage. Seule, je marchais à petits pas timides sous le regard et la surveillance de mon père. Je compte mes pas comme une fillette sans m’apercevoir que je fais des kilomètres et des kilomètres. Le bord de la mer, je l’adore énormément. Je le représente mentalement comme la frontière entre deux mondes : le réel et le l’idéal, le mien et celui des autres. Je ne sais point pour quelle raison, mais j’aime la fin de la journée. Elle est calme comme mon esprit, romantique comme mon cœur, triste et morne comme mon existence.

Je peux vous dire que je connais par cœur chaque grain de sable, chaque coquille, chaque oiseau, chaque roche, chaque angle … c’est vrai qu’il y a des coins que je ne connais pas très bien car ils sont difficiles à découvrir ou à grimper comme ces grands rochers noirs pointus là-bas qui trouent les fesses facilement et qui piquent les pieds et les miens douloureusement ; mes plantes et mes paumes sont les plus doux. De plus, ces rochers me font peur. Ils prennent des formes monstrueuses juste après chaque coucher de soleil comme une sorte de malédiction mythique. Les algues et la mousse deviennent des cheveux et des poils mal peignés qui couvrent ces créatures, les multiples trous semblaient à des centaines de yeux qui captent le moindre mouvement. Les rochers qui poussent silencieusement forment une famille. Ce groupe de monstres se compose de quatre membres : le grand rocher noir, au milieu, est certainement le père de famille, il a moins de cheveux comme mon père, à gauche, sa femme, et deux petits rochers, leurs descendants.

J’ai vu plusieurs fois de jeunes amants qui plongent aveuglement dans la passion, ivres du vin d’amour qu’ils lampent. Je surveille ou plus exactement j’espionne jalousement ces amants en train de grimper ces rochers malgré les blessures, les bleus et beaucoup de risques. Ils profitent de la moindre occasion pour se toucher doucement, se caresser délicatement et s’embrasser légèrement. Ils n’ont plus de volonté que celle de leur désir. La main dans la main, les yeux dans les yeux. L’amour est une force extraordinaire, une puissance surnaturelle et un don divin. Je suis jalouse. Oui, jalouse et c’est mon droit. En parlant de la jalousie, il y a deux types : la jalousie qui se venge et la jalousie qui souffre. Elle se base sur la notion de la propriété chez les êtres humains.

Mes pieds sont nus et froids sur la terre humide. Je fixe de mes yeux un objet invisible au point de fuite quand les dernières arondes qui volent bas en rasant le sol et qui se croisent avec les premières chauves-souris. Tous les ans, ces hirondelles émigrent pour aller chercher un ciel plus doux.

La plupart des gens ont une sensation fortement mystérieuse en contemplant la ligne d’horizon. Pour certain, l’horizon représente l’eldorado, l’éden qu’ils voient dans les films hollywoodiens, des pays où chaque citoyen a un travail, un joli toit, une grande voiture et une belle famille. Ce sont des pays fondés sur la démocratie, l’égalité et les droits de l’homme et même les droits des animaux. Ce sont des pays des supers héros et des charmantes femmes. Quant à moi, cet horizon borné qui suffit à mes yeux représente un futur redoutable, un avenir incertain même si je me permets maintes fois de prévenir ce que peut se passer prochainement comme les visionnaires. je suis toujours convaincue qu’il y a une logique qui contrôle ce monde, un lien qui relie les éléments de cet univers, une force invisible qui fait de ce cosmos un ensemble harmonieux. Cette force pour certains est la matière ou la nature, pour moi c’est notre Seigneur, le Créateur. Je me contente d’imaginer le futur selon mes capacités. Malheureusement, je n’arrive pas à créer ni de belles images, ni de magnifiques scènes.

A découvrir : Aicha, le témoignage collectif d'un groupe de lycéens d'Agdez

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