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Sur la vague du nouveau Maroc

mémoires partagées

Aux origines de la ville de Ouarzazate

  • Écrit par la rédaction

Le centre ville de Ouarzazate avant, par Jacques Gandini

On a beaucoup parlé de Ouarzazate sans en dire tout : de sa ville, de sa conception et de sa réalisation, des hommes qui l’ont construite ou du moins de ceux qui en ont été les principaux protagonistes.

A l’orée du XXème siècle, Ouarzazate conservait encore un caractère authentique propre aux territoires ruraux. Elle s’intégrait parfaitement dans son contexte naturel et humain inhérent aux régions du sud-est. Une ambiance désertique trahie par des palmeraies qui longent l’oued Ouarzazate. Une architecture berbère rustique où la brique en terre  (toube) et le pisé (talakht) constituaient des matières de construction frustes. La population vivait dans de modestes logis qui reflètent la simplicité de leur mode de vie. Les châteaux décorés (ighrem) et casbah (tighremt) étaient symboles de raffinement et de richesse. Des demeures seigneuriales qui servaient de résidences et de postes de commandement aux caïds.

L'avenue Mohamed V de Ouarzazate, autrefrois, par Jacques Gandini

La palmeraie de Ouarzazate s’étendait sur 5 à 10 km. Elle vivait au rythme des pluies. Des fois verdoyante et prospère d’autres presque déserte. La palmeraie était couverte d’arbres fruitiers notamment de palmiers-dattiers, amandiers, grenadiers, figuiers … Les habitants cultivaient également sorgho, orge, fève, navet et d’autres aliments nécessaires qui leur épargnaient la disette dans des temps souvent austères. 

Taourirte surplombe l’oued Ouarzazate. Elle était un fief d’Iglioua. Selon la tradition orale, aux environ de 1860 le makhzen avait placé sous contrôle du caïd Glaoui les habitants de la région connus sous l’appellation Ahl Ouarzazate. Ce dernier a pour mission de dompter toutes les tribus rebelles. Nomades sédentarisés, les habitants de la région sont mi-fellahs mi-bergers. La population est composée de berbères, de noirs (haratin) et de juifs. Différents facteurs historiques et socioculturels ont favorisé ce métissage ethnique. Le village de Taourirte est consacré aux sujets dépendants du caïd. Des maisons rudimentaires dépourvues de toute décoration semblables aux gourbis. Cependant deux majestueuses résidences y revêtent une splendeur de châteaux de roi. L’une est celle du Caïd Si Hammadi (palais visité aujourd’hui par les touristes). L’autre est celle de Si-Mohamed El-Aarabi fils aîné de Si-El Madani (en ruine). A l’ouest, un autre ksar en ruine dit Tamghzazte (aujourd’hui zone hôtelière) jouxte la casbah. Selon la tradition orale les Almohades avaient construit ce ksar pour garantir la sûreté de ce passage qui était une route caravanière. La forteresse du roi, Ighrem n’ouglid, serait aussi sa seconde appellation. Au temps du commandement de caïd Hmmadi sur Taourirte, il fut inquiété par les pillards des caravanes qui se réfugient dans le ksar Tamghzazte.  De retour de Tafilalt en 1891, le Sultan Moulay Hassan fait don d’un canon de bronze au caïd Hmmadi (aujourd’hui placé dans la cour de la casbah). Un profit qui arrive à propos : le caïd bombarda le ksar et le réduit en cendres une fois pour toutes.

Ouarzazate autrefois par Jacques GandiniLa casbah de Taourirte, le tombeau du Marabout Sidi Abderrahmane (toujours surplombé par hôtel Azghor au Sud), une tour en pisé vestige du ksar Tameghzazt en ruine (tour berbère à hôtel Azghor) et le marabout Sidi Daoud étaient les seules bâtisses existantes à Ouarzazate avant la construction de la nouvelle ville.

Au lendemain du protectorat, les autorités françaises ont rapidement exploité la position stratégique de Ouarzazate. Elles en ont fait un point important pour leurs opérations militaires dans le sud-est du Maroc. Ce qui a précipité la mise en place d’un ensemble de services militaires et civils : première piste d'aviation en 1926, construction de la redoute sur une colline surplombant oued Ouarzazate (aujourd’hui le quartier Alâamala) en 1928, bureaux du Cercle et garnison des troupes armées en 1930. Ouarzazate devient un territoire sous l’autorité du lieutenant-colonel Chardon en 1932. L’Annexe des Affaires Indigènes de Ouarzazate est créée en octobre 1932, la chapelle Sainte-Thérése est construite à Noël 1933, une infirmerie indigène (l'actuel hôpital Bougafer) a été créée, une exposition des Art Indigènes a été construite à Taourirte ( aujourd’hui complexe artisanal).

C’est le début de la construction de la ville de Ouarzazate. Le lieutenant-colonel Chardon est l’homme chargé de poser les plans de ce centre urbain en naissance. Le  territoire est complètement refaçonné. Les collines ont été nivelées. Des habitations surgissent. Des routes ont été goudronnées. Un jardin public a été dessiné. Sur l’avenue principale et les voies d’accès, des arbres d’alignement ont été plantés.

Ouarzazate autrefois

D’autres services ont afflué sur Ouarzazate. C’est le cas de l’équipement électrique, le télégraphe et le téléphone. Le transport routier est devenu régulier grâce à la CTM et Cat. La construction des premiers hôtels a été lancée. Il s’agit précisément de l’Hôtel Restaurant d’Ouarzazate, Maison Achard et Gîte d’étape, faisant partie de la chaîne de la Mamounia, (aujourd’hui Kenzi-Azgor) en 1937. Il y a également des cafés et restaurants qui voient le jour. Les premiers cafés-restaurants installés à Ouarzazate sont Chez le Grec Dimitri, Café de la Légion (hôtel Royal aujourd’hui) et Café restaurant de l’Atlas (aujourd’hui Hôtel Atlas). Quant aux premières épiceries, il s’agit de celles de deux grecs en l’occurrence Dimitri et Antoine Reissis ainsi que celle de l’espagnol E. Linarès. La seule librairie était la Librairie-Papeterie de l’Atlas d’Antonio Panayotis. L’évolution de la cité se poursuivait sans arrêt. A partir de 1947, d’autres équipements sont mis en place. A titre d’exemple le Service Hydraulique, les Travaux Publics, le Centre de Météorologie et d’autres. A partir de cette époque, les maisons nouvellement construites revêtent un style architectural européen.

Ce nouveau noyau urbain devint le carrefour de tous les habitants de Ouarzazate et sa région. Il est un lieu de concentration de différentes services et activités nécessaires à la population locale. On y procède à divers échanges. C’est aussi un endroit de croisement entre deux cultures : citadine et rurale. Les Cantines, prononcées en arabe Cantina et Castor, sont les deux places qui grouillaient de monde parce qu’elles accueillent des boutiques de toute sorte. 

Ouarzazate autrefois par Jacques GandiniLe jeudi était un jour particulier. Les villageois venaient au souk hebdomadaire (aujourd’hui occupé par l'hôtel Tichka Essalam) exposer leurs produits champêtres et échanger les nouvelles de leurs douars.

Cela faisait du bruit ! Ouarzazate se transforme peu à peu en zone urbaine. L’arrêté viziriel du 13 décembre 1933 et le dahir du 8 mai 1934 ont donné une existence juridique à Ouarzazate. Depuis, elle a le statut de ville. 1926-1936 est donc une période déterminante de l’histoire de Ouarzazate. Grâce à la volonté et aux efforts d’hommes braves, la nouvelle ville de Ouarzazate a vu le jour.

Remerciements à Jacques Gandini pour l'autorisation de publication des photographies issues de son site www.ouarzazate-1928-1956.com

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