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Sur la vague du nouveau Maroc

mémoires partagées

La zaouia aux mille trésors

  • Écrit par Abdeljalil Didi

Zaouia Tidgheste N’Ait Ougrour - Abdelelah Bourzik - almaouja.com

Un logis en pisé récemment construit. A ses alentours, des champs secs jalonnés de palmiers dattiers. Tout près s’élève une vieille kasbah en ruine. A l’intérieur, on dirait la caverne d’Ali Baba. Différents objets traditionnels rangés avec une subtilité d’artiste qui fascine tout visiteur. Une lumière morne pénètre à travers une lucarne. Ça sent la terre, la cendre et les parfums champêtres. C’est une ambiance réaliste qui restitue merveilleusement la vie des villages berbères d’autrefois. Accroupis dans un coin, une poignée de vétérans du village racontent la vie d’autrefois à Tidgheste. Mohamed et Lachen, deux sexagénaires partagent spontanément l’histoire de leur communauté. Emmitouflés dans leurs djellabas, ils ponctuent leur récit de petites gorgées de thé. Quant au gardien du musée, homme silencieux, il se contente de leur servir du thé. Pour rythmer le récit, il acquiesce la tête et distribue généreusement un timide sourie à peine remarquable. Il s’agit alors d’un défilement d’images de la vie d’antan qui restent ineffaçables dans la mémoire des anciens.

Tidgheste était un carrefour de cohabitation et une terre d’abondance. Les kasbahs, tighremt, étaient des enceintes qui rassemblent toute une communauté. Elle formait une grande famille. Chaque Kasbah abritait environ quinz foyers. Elle leur assurait la protection. La kasbah disposait d’un seul portail. Le seul puits du village était caché par une haute muraille pour être à l’abri des guetteurs ennemis qui rôdaient dans les parages. A la tombée de la nuit, on ferme le portail. Les imprudents retardataires devaient faire un signe au gardien, une sorte de mot de passe pour les reconnaitre.

L’épaisseur de la muraille extérieure, mise en double, était de deux à trois mètres. Un espace vide entre les deux murailles est rempli de tonnes de terre. Au cas où un envahisseur détruit la première muraille, il se trouve débordé par la terre qui se déverse et l’empêche d’atteindre le second mur. Les attaques entre les tribus avaient parfois un caractère ludique. Une sorte de jeu mortel pour les uns et les autres. A force de s’ennuyer, deux tribus s’accordaient à mener la guerre pour rien.

Les sources d’eaux portent les noms des principales familles originaires  de Tidgheste : Azggagh, Imzilen, Ait Hddou Ou Nasser, Ait Iich ... Quant à l’administration du village, elle était attribuée à Amghar, chef de village. Un second chef, amghar n’oufella, gouverne un ensemble de hameaux.

Zaouia Tidgheste N’Ait Ougrour - Abdelelah Bourzik - almaouja.com

La tribu de Tidgheste était constituée de quatre catégories sociales. Les hommes de religion, fouqaha, ont un rôle important dans la communauté. Non seulement ils  enseignaient les principes de l’Islam mais aussi rétablissent la réconciliation au sein de la tribu en résolvant les litiges. Ces hommes détenaient presque tous les secrets de la tribu. Ils sont  les seuls à avoir accès à l’écriture et à la lecture. Les gens mettaient volontairement entre leurs mains tous les manuscrits et documents en cas de déménagement ou de longs périples notamment le pèlerinage à la Mecque. Les propriétaires terriens formaient aussi une classe de grande influence. Ils sont les notables de la tribu et avaient la responsabilité de prendre en charge tous les hôtes qui viennent au village. Au pied de la pyramide tribal se placent les démunis dits Ikhmmacen. Des gens qui travaillent comme bergers ou paysans dans les champs des grands propriétaires. En contrepartie, ils reçoivent un cinquième de la production annuelle.

Pour Les juifs, oudayn, ils étaient une classe à par entière parmi les habitants. Leur présence à Tidgheste n’est pas un pur hasard. Parmi les huit hameaux, les juifs étaient concentrés dans un seul. Ils s’installent souvent dans le douar où la population est plus ouverte. Généralement, ils étaient des habitants avec les mêmes droits et devoirs que leurs homologues berbères. « Assurez la protection des maisons des musulmans et des juifs… ». Souligne-t-on clairement dans un manuscrit conservé au village. Les juifs célébraient une fête chaque année. Ils préparaient un pain dit « erqiq » qu’ils partagent généreusement avec toutes les familles du village y compris les musulmanes. Trois ou quatre galettes étaient presque la part de chaque foyer. Pour l’anecdote, un juif fâché rappelle au berbère musulman ce bon geste : «erqiq dyali kathbbou !  ana, lla !»  ou «mon pain tu l’aimes ! moi, non !».

L’économie de Tidgehste était basée sur l’agriculture et le pastorat. Les amandiers font la richesse du village. La gestion par villageois de leurs réserves en amandes est fascinante. Ils ne vendaient pas leur cueillette d’un seul coup. Chaque semaine ils en vendent une petite quantité au souk selon leurs besoins. D’ailleurs les familles riches étaient celles qui possédaient beaucoup d’amandiers. C’est le capital de chaque foyer. Pendant la saison de la cueillette des amandes, la vie grouille à Tidgheste. Des marchands ambulants, des mendiants, des troubadours «imariren», des poètes «rwaiss», des saints «iguerramen» et d’autres affluent sur le village. Même les enfants profitent des amandes ramassées pour s’offrir des sucreries …

C’est une partie de l’histoire de Tidgheste. Elle n’est pas transcrite dans les livres. Mais gravée dans la mémoire des anciens du village comme Mohamed et Lachen. Des références vivantes de la mémoire collective de Tidgheste la délicieuse.

A découvrir :

Aux portes de Ouarzazate, la zaouia de Tidgheste Aït Ougrour et son musée du patrimoine

- Le musée Smayoune du patrimoine

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