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Sur la vague du nouveau Maroc

éclairages

L'avis des professionnels du tourisme à Ouarzazate

  • Écrit par la rédaction
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La crise du tourisme est là au Maroc en écho de la crise globale qui traverse de nombreux pays sur la planète. En dépit des ambitions affichées par les autorités marocaines, le secteur du tourisme, moteur économique du royaume, demeure dans un état de fragilité. Si la situation observée fin de l'année 2011 montre une stagnation au niveau national avec une progession de seulement 1 % du nombre des touristes et une baisse de 6% des nuitées enregistrées, le cas de la destination Ouarzazate est lui plus qu'inquiétant puisque la baisse de l'ensemble des indicateurs est flagrante. Pour mieux comprendre les raisons de cette dépression mais aussi pour mieux identifier les moyens d'une nécessaire relance, almaouja a demandé à des professionnels du territoire de nous exposer leur avis.

Pour en savoir plus : www.observatoiredutourisme.ma
A lire : Les chiffres 2011 du tourisme à Ouarzazate

 

Luc Jodor - Kart aventure

Luc Jodor - Kart aventure - Ouarzazate

Dans les deux années précédentes, nous avons en effet ressenti les effets de la crise économique mais depuis récemment nous voyons les conséquences des événements du printemps arabe. La baisse actuelle du tourisme est directement liée à ce qui s'est passé dans les pays arabes. Ceci dit, le Maroc paye aujourd'hui son choix fait il y a 10 ans de miser sur le tourisme de masse, en voulant imiter la Tunisie. C'est une énorme erreur car il y avait plein de possibilités de faire ici du tourisme de qualité. Le tourisme de masse ne rapporte pas grand chose aux territoires visités. Cela défigure le pays. Malheureusement il ne semble pas que la prise de conscience se soit produite. Ils cherchent maintenant à faire du tourisme de masse à haut prix, comme les projets aux alentours d'Agadir en cherchant à transformer la côte marocaine en "costa brava" avec une accumulation de béton. Au Maroc, on cherche à trouver de l'authentique, du traditionnel. On ne cherche pas à trouver des casinos et des machines à sous. Le jour où l'Algérie rouvrira ses frontières aux touristes, le Maroc va perdre beaucoup car là bas les amoureux du désert sont bien servis avec un choix beaucoup plus grand qu'au Maroc. Et ici, ils goudronnent le désert sous prétexte de désenclaver le monde rural mais c'est là encore une erreur. Il faudrait mieux entretenir les pistes et assurer les services vitaux comme l'accès à l'eau. Celui qui révait de venir ici pour vivre une belle expérience dans le désert, il se retrouve avec des caravanes de camping-cars autour de lui.

J'ai tenté de coopèrer avec les différents conseils provinciaux du tourisme et j'ai vite arrêté car aucun sens de la responsabilité n'est pris en regard des vraies priorités. Les réunions ne sont que des discussions sans fin où aucune décision n'est prise pour changer la situation. Je suis assez pessimiste. Je connais la région depuis longtemps et je ne vois que dégradation de ce qui faisait l'atout charme du Maroc. Le meilleur exemple est la piste qui mène à l'oasis de Fint, l'endroit visité par tous, et qui se trouve goudronné au lieu d'avoir préservé la belle piste qui y menait. C'est incompréhensible. Le Maroc est en train d'être bétonné et goudronné de partout. C'est triste.

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Abdelkrim Jbilou - Directeur hôtel La Perle du Sud

Brigitte Babolat - Restaurant La Kasbah des Sables - Ouarzazate

Parodoxalement, je ne sens pas vraiment pas la crise du tourisme car nous avons la chance, au restaurant Kasbah des Sables, d'avoir une belle et fidèle clientèle marocaine. Ceci dit, nous voyons bien que la ville n'est pas pleine comme elle l'était jadis.

La raison principale de cette crise, ce sont les média européens qui font peur aux touristes. Nombreux sont ceux qui téléphonent avant de venir pour savoir s'il n'y a pas de risque. C'est triste. Bien sur la crise économique joue un rôle mais j'estime que les média ont la responsabilité d'avoir donné une mauvaise image de la destination Maroc.

Il est vrai que les autorités de la ville de Ouarzazate ne font rien pour développer la ville. J'ai tenté, avec d'autres français, de m'investir dans la promotion du tourisme et finalement j'ai arrêté. On ressent que l'esprit qui règne, c'est le chacun pour soi, que personne ne sait ou ne veut travailler avec l'autre.

C'est dommage car le potentiel est énorme. Le tourisme national devrait être beaucoup plus développé. Il y a beaucoup de gens de Rabat ou Casablanca qui ne connaissent pas le Maroc du Sud et qui seraient très heureux de venir et le faire connaitre à leurs enfants. La ville de ouarzazate devrait promouvoir cette nouvelle forme de tourisme en attendant que la situation se rétablisse au niveau mondial. Il faut parler donc de la ville. Il faut monter des opérations promotionnelles, faire des campagnes, aller voir les comités d'entreprise.

Le problème est qu'il n'y a pas de politique à long terme. La recherche de l'intérêt immédiat ne mène à rien. Chacun doit comprendre qu'il faut changer la manière de faire. Et surtout il faut que Ouarzazate organise une vie culturelle avec des expositions, des festivals, des concerts. Pour l'instant la seule chose proposée c'est une virée dans le désert. Il n'y a rien d'autre.

Et puis, il y a le problème des transports. Ce matin même, la Royal Air Maroc a encore augmenté ses tarifs sur la ligne Casablanca Ouarzazate. A se demander s'il n'y a pas une autre politique qui refuse de développer Ouarzazate. J'espère que le projet de centrale solaire va donner un élan à la ville.

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Abdelkrim Jbilou - Directeur hôtel La Perle du Sud

Abdelkrim Jbilou - Directeur hôtel La Perle du Sud - Ouarzazate

La crise touche en effet tout le Maroc mais ici, dans notre région du Sud Est, l'impact est beaucoup plus fort. Les autres destinations nationales ont pu préserver leur position mais ici, et principalement en raison du problème de l'enclavement, la crise est plus forte. Pour pouvoir développer notre territoire, il va falloir imaginer d'autres créneaux touristiques. Le tourisme traditionnel, ouvert exclusivement à l'Europe, ne suffit plus. Nous n'avons en effet jamais pris en considération le tourisme national qui pourrait, en alternance avec le tourisme traditionnel, faire marcher toutes les structures et sur plusieurs saisons.

Il est vrai que l'handicap majeur, l'infrastructure routière et l'aérien, est difficile à surmonter. Il est vrai aussi que les bouleversements planétaires ont touché le Maroc. Les statistiques montrent clairement combien les affaires ont chuté suite aux événements de Marrakech. Mais la destination Maroc a été globalement préservée car les personnes ont malgré tout plus confiance dans notre pays qu'ailleurs.

Comment développer le tourisme ? C'est une question finalement qui se pose de partout au Maroc. On peut observer que le touriste est devenu exigeant et qu'il voyage à longueur de l'année et de partout. Il peut ainsi comparer facilement. Si on veut parler compétitivité, il nous faut parler qualité, il faut se poser la question de ce que l'on donne à ces clients. La comoncurence est là, pas localement entre Ouarzazate et Errachidia, mais avec la Tunisie, l'Egypte, la Turquie, qui ont une grande et longue expérience. Il faut se demander pourquoi le taux de retour au Maroc est si faible. Il n'y a pas que la question des prix qui importe. Le client aujourd'hui est prêt à payer plus pour la qualité, pour le confort et le dépaysement. On oublie le noyau de la réussite du tourisme : c'est l'accompagnement, la finesse de l'accueil. C'est le petit plus qui manque. Quand on voit la formation des futurs professionnels, on remarque qu'il n'y a pas de formation à la qualité, au bien être du client. Or c'est de cela qu'a besoin le client. Notre culture, notre savoir-faire doit se positionner sur cette exigence là.

A mon retour à Ouarzazate après plusieurs années d'absence, j'ai pu voir que les choses avaient regressé. Je ne vois pas ce que Ouarazate a ajouté de plus. Il y a toujours un tourisme classique et aucun renouvellement. Depuis très longtemps, le style est le même, le langage est le même. Et je ne vois pas pourquoi le client va revenir plusieurs fois à Ouarzazate alors qu'il sait qu'il n'y a jamais rien de neuf.  Et pourtant, il y a beaucoup à présenter. Mais il faut savoir le présenter, le mettre en valeur. Et il faut découvrir son propre territoire et proposer de nouvelles choses à voir.

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Khamid Naciri - la caravane des épices - Ouarzazate

Khalid Naciri, Caravane des épices - Ouarzazate

La crise est là, cela se voit à tous les niveaux : remplissage des hôtels, taux d'arrivée aux aéroports ... Le côté le plus apparent de la crise ce sont les retombées sociales sur la population. Il suffi de voir les grèves dans la plupart des hôtels. Dans notre activité, nous avons une regression de 50 % de notre chiffre d'affaires depuis 2002.

La crise est liée autant aux facteurs internationaux qu'à des facteurs propres à notre pays. L'Europe est en effet le principal émetteur de client et l'Europe est en crise. Les mouvements dans les pays arabes ont créé un amalgame dans l'esprit des étrangers et les retombées de l'attentat de Marrakech en avril 2011 se font encore ressentir. Les autorités marocaines qui gèrent le tourisme ont leur part de responsabilité. Dans un monde où il y a autant de concurence, notamment dans le bassin méditerranéen, il faut avoir une politique de promotion plus agressive. Il faut mettre les bonnes compétences au bon endroit. Plusieurs potentiels de notre région ne sont pas encore exploitées, le tourisme rural, solidaire, écologique, culturel ... Ce qu'on appelle le triangle d'or, la région entre Ouarzazate, Errachidia et Zagora regorge de richesses incroyables qui ne sont pas mises en valeur. La majorité des personne qui viennent visiter ce territoire arrivent de Marakech ou d'Agadir, alors que nous avons ici un aéroport international. Il faudrait mieux commercialiser la destination de Ouarzazate. Il faut donc que Ouarzazate prenne le flambeau du leadership de la région.

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Brahim Zalzouli - Guide accompagnateur Maroc

Brahim Zalzouli, Guide accompagnateur Maroc depuis 1996

On sent la crise, elle est là, tangible. La différence avec le passé, c'est que cette crise a commencé depuis 2008 et n'a cessé de s'amplifier. Cela a commencé avec la grippe porcine, le volcan d'Islande, le départ du Paris Dakkar, et ensuite les problèmes de Marrakech, et puis ce que l'on appelle printemps arabe et enfin l'enfoncement de la crise mondiale ... Le tourisme a été touché de plein fouet par les bouleversements planétaires.

Mais ici dans le Sud Est du Maroc, nous payons aussi le peu de formation du personnel engagé dans l'économie du tourisme. Il manque  ne sont trop souvent que des visions à court terme du tourisme. Enfin, la région du Sud Est n'a jamais eu d'image claire qui aurait pu être diffusée dans les grands salons de promotion. Ce pourrait être une destination très prisée mais pas grand chose n'a été fait pour la commercialiser bien. Il faut aussi en priorité désenclaver le lien entre Marrakech et Ouarzazate et aboutir à une distance de 2 heures entre les deux villes. Cela seul pourra aider la région à rattraper son retard par rapport au Nord du Maroc. Le tunnel est donc prioritaire. Et puis il faut investir dans des équipements de qualité.

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Khadija Sbai - Chef d'agence Mhamid Travel - Ouarzazate

Khadija Sbai, Chef d'agence Mhamid Travel - Ouarzazate

La crise est réelle. Nous ressentons cette année près de 70 % de baisse de l'activité. C'est la première fois depuis 1998 que je vois cela. Le premier problème est sans aucun doute que la publicité sur le territoire n'est pas faite. Et puis les acteurs du tourisme ne sont pas tous des vrais professionnels et cela donne une mauvaise image du tourisme. La solution est simple : professionnaliser le secteur. Nimporte qui avec de l'argent peut se décréter acteur touristique. Ce n'est pas normal. Il faudrait parvenir un créer une communauté entre tous les acteurs sérieux de cette économie. Mais je sais qu'il est difficile de travailler ensemble. Chacun pense à soi.

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Khadija Sbai - Chef d'agence Mhamid Travel - Ouarzazate

Ahmed Timoulali, Directeur agence de voyage Anbyi Travel - Ouarzazate

Cela fait 3 ans que je suis à Ouarzazate et depuis l'année dernière, nous sentons un recul de l'arrivée des touristes sur la ville. Les hôteliers sont les premiers indicateurs de cette baisse. De toute manière, il n'y a pas assez de vol régulier sur Ouarzazate. Le col de Tichka est aussi un vrai handicap. La plupart des touristes arrivent au Maroc à Marrakech et la route de Tichka pour rejoindre Ouarzazate fait peur. Il faut donc résoudre ce problème. Et puis la promotion n'est pas à la hauteur. Un exemple : le festival de Kelaa Mgouna qui est un rendez vous culturel ancien et qui n'a aucune promotion. C'est pourtant un événement authentique, ancré dans le territoire et qui a une renommée internationale. La nouvelle politique du Maroc pose le principe d'une spécialisation régionale du Maroc, et c'est une bonne chose. Il convient donc de faire une promotion spécialisée. Le problème est qu'il n'y a pas de communication entre les acteurs professionnels au sein d'un même territoire.

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Khadija Sbai - Tafukt car - Ouarzazate

Hamid Izlaguen, Chef d'entreprise Tafukt car - Ouarzazate

La crise est une réalité, et pas seulement sur le secteur touristique. Les raisons sont nombreuses mais c'est avant tout un changement qui se passe et à chaque changement, il y a toujours du bien et du mauvais. Avant tout, la crise est économique et internationale. Mais il y a aussi l'anarchie du secteur tourisque au Maroc. Pour être plus précis, c'est le versant informel du tourisme. Et de là le niveau de qualité a baissé et le touriste le ressent. Tout le monde fait du tourisme aujourd'hui, ce n'est devenu qu'un gagne pain et cette situation a posé un discrédit sur les vrais professionnels. Pour remédier à cela, il faut organiser la maison de l'intérieur avant de chercher les clients. Et pour organiser la maison de l'intérieur, il faut tout organiser et mettre fin à l'informel. Il faut chercher la qualité du service avant de le proposer à nimporte qui. Actuellement, l'offre n'est pas de qualité, or les potentiels sont énormes. Tout le monde devrait coopérer ensemble pour améliorer la situation, l'Etat, les professionnels, tout le monde. Ce n'est la faute à personne mais c'est la responsabilité de tous. Le Maroc est en train de changer et il faut faire changer aussi le tourisme.

 

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