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Sur la vague du nouveau Maroc

éclairages

La mise en œuvre des enseignements du forum de Zagora implique rapidité et méthode

  • Écrit par Philippe Voisenet
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1er forum de zagora du tourisme durable par A. Azizi pour almaouja.com

Philippe VOISENET est expert en développement touristique territorial, administrateur délégué de l’ONG Tourisme Sans Frontières en charge de la coordination des actions sur le Maroc. Il est aussi enseignant dans diverses universités (Annecy, Lyon, Rabat, Toulouse) en «méthodologie de conduite de projets», «stratégies de développement», «animation et gouvernance des acteurs», «mise en œuvre de démarches qualité». Il a participé au Forum de Zagora en tant qu'intervenant dans les différentes tables rondes. Il nous livre aujourd'hui ses recommandations pour assurer à cet important événement toutes ses chances de peser vraiment sur la nécessaire évolution du secteur touristique de la région Sud Est du Maroc.

Le forum international sur le tourisme durable qui s’est tenu à Zagora du 29 mars au 1er avril 2012 fut une grande réussite par la richesse des analyses, la très forte implication des participants, la pertinence des attentes formulées par les acteurs touristiques, la volonté clairement exprimée par les pouvoirs publics (qu’il s’agisse des élus, des représentants de l’Etat ou du président du Conseil Régional Sous – Massa – Drâa) de s’engager dans la mise en œuvre de cette forme de tourisme. Ainsi, tous les grands enjeux de ce tourisme pour la région ont été inventoriés et analysés : un tourisme générant de réelles retombées économiques qui dynamisent l’économie locale, un tourisme générant des emplois permettant de rester vivre dans sa province d’origine, un tourisme entraînant des aménagements et équipements qui soient utiles tout à la fois pour les visiteurs et pour les habitants, un tourisme qui permette la sauvegarde des patrimoines en mettant en évidence leur potentiel à générer des retombées économiques, un tourisme respectueux des valeurs locales, etc...

Une alternative crédible et durable au tourisme de masse aujourd'hui en déclin

Mais à présent, il est urgent de se donner les moyens de mettre en œuvre ce tourisme durable et approprié qui soit une alternative crédible et réaliste aux autres formes de tourisme classiques de masse (séjours en resorts, ou tourisme de circuits en autocars ...) qui ont certes contribué jusqu’à aujourd’hui à faire du Maroc une des grandes destinations touristiques mondiales, mais qui sont aujourd’hui en déclin. Les données publiées de mois en mois par les observatoires du tourisme nous le rappelle cruellement. C’est donc dès maintenant et sans plus tarder qu’il faut s’engager à poser les bases de cette forme de tourisme d’échange de valeurs, enrichissant le visiteur comme le visité.

Philippe Voisenet au 1er forum de zagora du tourisme durable par A. Azizi pour almaouja.com

La convergence des analyses et conclusions du Forum de Zagora a bien mis en évidence qu’il n’y a aucun obstacle de fond pouvant s’opposer à la mise en œuvre sur les territoires de cette région d’un tourisme durable et approprié. Les seuls freins pourraient donc relever de la forme, des modalités de mise en œuvre, d’un certain immobilisme découlant d’un manque de savoir faire ou d’un manque de maîtrise méthodologique. Dépasser ces points de blocage possibles nécessite d’élaborer rapidement une feuille de route pour la mise en œuvre de cette ambition. Mais rapidité de mise en œuvre ne signifie pas précipitation, il s’agit donc d’élaborer un processus de travail approprié à la situation.

Pour pouvoir agir rapidement, rationnellement et avec efficacité, un certain nombre de principes, en ce qui concerne le travail à entreprendre, doivent être pris en compte. En voici quatre qui sont essentiels, les autres dépendront du contexte de chaque territoire de projet.

La dimension identitaire des territoires

Il faut bien avoir à l’esprit qu’on ne met pas en œuvre un plan d’actions de développement touristique sans avoir au préalable défini une stratégie de développement précise et reposant sur un positionnement fixant clairement l’ambition que l’on veut donner à ce développement. Cela découlera de la réponse à diverses questions, telles que : « Parmi nos valeurs, les atouts de notre territoire, lesquels voulons nous partager avec les visiteurs ?» « Quels sont les types de visiteurs que nous voulons accueillir ?» ... C’est en effet en travaillant sur la dimension identitaire des territoires qu’il sera possible, dans une logique de marketing territorial, de permettre aux territoires de se distinguer les uns des autres. Aujourd’hui, vu de l’étranger, faute d’une lisibilité suffisante de leurs spécificités, la plupart des territoires de la région Souss-Massa-Drâa se ressemblent, et de ce fait les touristes « achèteront » la destination la plus facile d’accès au détriment des plus éloignées.

De plus, il faudra bien s’interroger sur la cohérence et l’articulation de ces stratégies locales avec la stratégie régionale. Se posera très vite l’alternative suivante : faut-il une stratégie régionale déclinée au niveau de chaque province ou une stratégie régionale qui résulte de la consolidation de stratégies territoriales avec mise en évidence de l’axe de cohérence de ces différentes stratégies locales ? Le génie marocain, qui a consisté à faire une nation à partir de la très grande diversité de ses composantes culturelles, nous amènerait à privilégier la deuxième option. Mais ce n’est pas aux experts, quels qu’ils soient d’en décider, mais à ceux qui seront directement concernés, c'est-à-dire les parties prenantes.

1er forum de zagora du tourisme durable par A.Azizi pour almaouja.com

Des groupements d'intérêts locaux

Dans cet esprit, un développement territorial durable implique que celui-ci soit engagé en totale concertation avec toutes les parties prenantes (élus, institutionnels, acteurs économiques, associations, etc.). Une stratégie de développement ne peut aboutir si elle n’est que le fait des élus et des institutionnels : les acteurs économiques, qui auront à la mettre en œuvre, ne se l’approprieront probablement pas dans la mesure où il n’auront pas été associés à son élaboration. Il faut donc que les acteurs se reconnaissent à la fois dans le projet et dans le territoire de projet qui leur est proposé. Mais pour que cette concertation aboutisse, que les effets du développement touristique qui en résultera soient profitables au plus grand nombre, il faut que les parties prenantes à cette concertation soient structurées, que leur propos et que les objectifs qu’il se donnent soient cohérents. C’est le cas des pouvoirs publics, mais ce doit être également la cas des acteurs locaux. Il est donc nécessaire, dans un souci d’efficacité, qu’ils s’organisent en groupement d’intérêt, en groupement de projets. C’est d’ailleurs le sens de l’action du RDTR (Réseau de Développement du Tourisme Rural).

L'accompagnement conseil des experts

Par ailleurs, en ce qui concerne le recours à d’éventuels experts et consultants, ceux-ci ne doivent être là que pour accompagner le processus, l’éclairer de leurs expériences, mais en aucune façon élaborer la stratégie. Ces experts sont au service des acteurs du territoire, ils sont là pour les conseillers, éventuellement leur éviter de s’engager dans des impasses, les aider à formaliser leurs souhaits en orientations et actions réalistes, mais en aucune façon d’apporter des solutions toutes faites à la place des acteurs.

Un exigence de cohérence au niveau des projets

Enfin, il est très important de déterminer des territoires pertinents, c'est-à-dire cohérents, pour engager les stratégies de développement touristique. Les cohérences qui doivent être prises en compte sont de plusieurs ordres : cohérence géographique (deux vallées voisines, appartenant au même massif montagneux, bien que toutes proches à vol d’oiseau peuvent être très éloignées par la route, auquel cas le travail en commun de leurs acteurs respectifs risque d’être compliqué) ), cohérence culturelle (même histoire, savoir faire similaires, mêmes traditions) cohérence administrative… Au delà de cette notion de cohérence du territoire, il faut également prendre en compte la notion de taille qui repose sur celle du seuil d’efficacité : pour conduire une stratégie de développement pertinente et efficace, il faut que le territoire soit ni trop grand (les acteurs ne se sentent pas concernés) ni trop petit (le territoire ne pourra peser sur les marchés). Ainsi, une commune rurale de la Vallée de Zagora souhaite très légitimement valoriser ses gravures rupestres et d’entreprendre une démarche de labellisation de celles-ci au patrimoine mondial de l’UNESCO. En agissant seule, ses chances de réussite sont quasi nulle, alors qu’il n’en sera pas de même, en intégrant cet élément de patrimoine amazigh dans une démarche plus globale, qui pourrait être celle de la présentation de la candidature des « patrimoines amazigh de la vallée du Draa ».

Voilà quelques premières pistes de réflexion pour ceux qui souhaitent mettre en œuvre au niveau de leur territoire les enseignements du forum de Zagora. Il s’agit donc d’agir vite, mais avec méthode.

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