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Sur la vague du nouveau Maroc

éclairages

Ouarzazate, Errachidia, Zagora et Tinghir : la baisse de la fréquentation des hôtels n’est pas inéluctable !

  • Écrit par Philippe Voisenet
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Un hôtel en chantier à Ouarzazate par A. Azizi pour almaouja.com

Dans la poursuite du 1er forum de Zagora, la réflexion se poursuit sur les réponses à apporter à la crise du tourisme qui frappe la région Sud Est du Maroc. Philippe Voisenet, expert en développement touristique territorial et administrateur délégué de l’ONG Tourisme Sans Frontières en charge de la coordination des actions sur le Maroc, met l'accent sur la nécessité de faire évoluer l'offre touristique territoriale pour répondre à l'affaissement du secteur hôtelier qui voit ses chambres demeurer désespérément vides. Selon lui, cette chute n'est pas inéluctable.

Le constat semble sans appel, il a été rappelé par Monsieur Ahmed Chahid, président du Conseil Provincial du Tourisme de Zagora, lors du forum international sur le développement durable : sur la province de Zagora, en 2011, le taux d’occupation des maisons d’hôtes atteignait 65%, alors que celui des hôtels seulement 12%. Pour expliquer ces chiffres deux raisons viennent immédiatement à l’esprit : 

• Les chambres d’hôtes sont le mode d’hébergement privilégié d’un tourisme de participation pour lequel le partage des valeurs d’une communauté est la motivation première, autrement dit d’un tourisme durable et approprié.

• Les hôtels ne répondent plus aux attentes actuelles des touristes venant dans le sud marocain : vieillissement des infrastructures, démotivation des équipes …

Se limiter à cette analyse consisterait à tirer un trait sur l’hôtellerie et à considérer un peu trop hâtivement que les maisons d’hôtes sont les seuls hébergements cohérents avec le développement durable. Rappelons tout d’abord que le développement du tourisme durable n’est pas une idéologie nouvelle, décrétant quels sont les types d’hébergements qui sont vertueux et ceux qui ne le sont pas. Le développement durable s’appuie sur un certain nombre de principes permettant de faire évoluer les comportements des opérateurs touristiques quelles que soient leurs activités. Cela concerne ainsi l’hôtellerie : le groupe hôtelier ACCOR, bien que se trouvant dans une phase d’expansion soutenue, ne manifeste-t-il pas avec le programme PLANET 21* son engagement dans le développement durable ? Quoiqu’il en soit, tirer un trait sur l’hôtellerie dans le sud-est marocain constituerait une double faute :

- Tout d’abord, ce serait contraire aux principes du développement durable en abandonnant un secteur économique important, faisant vivre de nombreux employés.

- De plus - et nous avons pu le constater lors de missions de Tourisme Sans Frontières sur la vallée des roses ou la vallée du Dadès - les touristes s’hébergeant aujourd’hui en chambres d’hôtes ne sont pas le fruit d’une génération spontanée. En effet, un certain nombre d’entre eux est venu à ce mode d’hébergement chez l’habitant après avoir découvert le Maroc au travers de circuits relativement classiques proposés par les Tours Opérateurs. Mais séduits par ce premier aperçu et encouragés par l’extrême qualité de l’accueil des habitants et l’absence de risques majeurs sur le plan de la sécurité, ils sautent le pas, pour s’engager dans une forme de tourisme plus enraciné, leur permettant de s’enrichir des valeurs de leurs hôtes. Ne serait-il pas dommage de se priver de cette préparation au séjour que sont les voyages de découverte ?

Par ailleurs, toutes les études prospectives s’appuyant sur l’analyse des grandes tendances socioculturelles mettant en évidence la démultiplication des attentes et comportements des clientèles conduisent à dire que pour garder une position durable sur les marchés du tourisme, une destination doit pouvoir garantir divers types d’offres touristiques : tourisme de séjour, tourisme de découverte et d’itinérance, tourisme d’aventure, avec des hébergements adaptés aux uns et aux autres (maisons d’hôtes, hôtels, bivouacs, etc.).

Ainsi, le renouveau du tourisme dans les territoires du sud est marocain, passe également par un renouveau de l’hôtellerie. Mais pour cela s’impose une véritable réflexion stratégique, avec une articulation logique des étapes. La situation financière de la plupart des établissements hôteliers est telle qu’il leur est aujourd’hui impossible d’engager la moindre démarche : qu’il s’agisse d’investissements structurels ou d’investissements immatériels (formation, démarche qualité). De plus, l’état actuel de la demande ne leur permettrait pas d’obtenir des aides financières.

Renouveler l'offre touristique devient un impératif

Alors que faire ? La réponse est pourtant tellement évidente et simple qu’elle en paraît simpliste, voire même irréaliste. Pour permettre à l’hôtellerie de se requalifier, il lui faut tout d’abord augmenter ses taux d’occupation. Mais cela est-il possible ?

- Pour cela regardons quels sont les clients de l’hôtellerie dans le sud-est marocain. Il s’agit majoritairement des adeptes du tourisme de découverte et d’itinérance, que ce soit dans le cadre de circuits organisés par des tours opérateurs ou pour les individuels d’auto-tours. Si ceux-ci sont aujourd’hui en baisse constante, la faute n’en revient pas seulement à la qualité de l’offre hôtelière. N’oublions pas qu’en dehors du tourisme de séjour et de quelques établissements de qualité exceptionnelle (palaces, établissements de charme), c’est la qualité de l’offre attractive qui constitue le premier déclencheur de l’acte d’achat de la destination, l’offre d’hébergement arrivant en second.

- C’est donc sur la motivation des clients, sur leur « envie de sud du Maroc » qu’il faut absolument travailler. Pour éclairer cette réflexion, je m’appuierai sur les propos de bon sens de Monsieur Abdelkrim Jbilou, directeur de l’hôtel La Perle du Sud à Ouarzazate, dans l’article « L'avis des professionnels du tourisme à Ouarzazate » : « Après plusieurs années d'absence, j'ai pu voir que les choses avaient régressé. Je ne vois pas ce que Ouarazate a ajouté de plus. Il y a toujours un tourisme classique et aucun renouvellement. Depuis très longtemps, le style est le même, le langage est le même. Et je ne vois pas pourquoi le client va revenir plusieurs fois à Ouarzazate alors qu'il sait qu'il n'y a jamais rien de neuf. Et pourtant, il y a beaucoup à présenter. Mais il faut savoir le présenter, le mettre en valeur. »

En effet, rien n’a bougé, l’offre attractive est quasiment la même qu’il y a 20 ans. Comme par le passé, on a une collection d’éléments, kasbahs, ksour, palmeraies, paysages ... mis côte à côte, sans structuration, sans que n’aient été développés les outils de médiation et d’interprétation (avec des commentaires de guides – officiels ou non – souvent plus pauvres que ceux des guides papiers), sans que le visiteur ne distingue réellement les éléments des autres. Pendant ce temps, la plupart des destinations concurrentes, ou tout au moins celles qui ont gagné des parts de marché, se sont structurées, ont rendu leur offre lisible et attractive.

Labéliser les singularités de la région Sud Est

- Ainsi, pour regagner les clients perdus, il nous faut structurer notre offre, la rendre lisible et « garantir » au client qu’elle est de qualité. Les modalités sont nombreuses, nous y reviendrons probablement dans un autre article. Je mettrai pour l’instant l’accent sur l’un des moyens les plus efficaces pour d’une part mobiliser les acteurs du tourisme, les impliquer et les motiver et d’autre part à nouveau attirer les adeptes du tourisme de découverte. Ce serait de labelliser les offres. Ainsi, en France, force est de constater que les territoires ou sites touristiques labellisés « Pays ou villes d’art ou d’histoire », « Grands sites de France », « Plus beaux villages de France » sont beaucoup plus attractifs que ceux qui ne le sont pas.

- Il ne s’agit pas de copier à l’identique ce qui a été fait ailleurs, mais de créer dans un premier temps deux ou trois catégories de labels, rigoureux, appropriés aux valeurs du Maroc Voilà une piste de travail déterminante, d’autant plus que les éléments de l’offre sont là, très nombreux. Mais cela implique une volonté politique, un engagement du ministère du tourisme et du conseil régional Sous Massa Draa.

- C’est alors, avec un horizon s’éclaircissant et reprenant confiance que les professionnels de l’hôtellerie pourront s’engager dans des démarches d’optimisation de leurs offres.

De plus, ce travail d’amélioration de l’offre attractive enclenché par les démarches de labellisation sera également profitable au tourisme de séjour. Ainsi, si les pouvoirs publics s’engagent rapidement dans un tel chantier d’élaboration de labels, dont l’obtention servirait de feuille de route à de nombreux territoire, c’est l’ensemble du tourisme rural marocain qui en profitera.

Pour contacter Philippe Voisenet :
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* A lire sur portailsudmaroc.com par Noureddine EL AISSI - L’Economiste

 

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