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Sur la vague du nouveau Maroc

éclairages

Renouveler le tourisme pour le rendre locomotive du développement durable de la région du Sud-Est

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Vestige de la casbah El Khoula / Rissani - Abdellah Azizi

Le tourisme est certainement le principal vecteur de croissance du territoire et de l’amélioration du niveau de vie dans la région du Sud-Est. Cependant le renouvellement de ce secteur s’avère urgent. Un changement qui doit être axé sur les diverses potentialités de la région, la politique touristique et la communication de l’offre régionale. Il s’agit également d’intégrer de nouvelles valeurs appropriées au développement durable dans la région du Sud-Est.

Le Maroc a élaboré une vision stratégique de développement touristique 2020. Un plan ambitieux qui vise à placer le royaume parmi les grandes destinations touristiques du monde. L’objectif est aussi de faire du tourisme un levier de développement humain et de croissance économique. Déjà les chiffres en parlent : 440 milliards dirhams drainés entre 2001 et 2010, environ 470 000 postes d’emploi créés en 2011, deuxième contributeur au PIB national et principale source de devise. La région du Sud-Est en l’occurrence Ouarzazate-Tinghir-Errachidia-Zagora est indéniablement une zone à vocation touristique. C’est un futur pôle de l’écotourisme et de développement durable.

L’identité du territoire n’est pas clairement visible

Certes, cette région n’est pas délimitée administrativement. Cependant ses territoires partagent une communauté d’éléments historiques, culturels, naturels, géographiques, linguistiques et humains. Aujourd'hui, le secteur touristique fonctionne au ralenti dans cette zone. Les résultats atteints restent en deçà des attentes. Le potentiel humain, naturel et patrimonial n’est pas suffisamment exploité ni valorisé. Quant à la politique touristique, s’il y en a une, elle ne suit pas la mutation profonde du secteur. La précarité humaine, sociale, économique et naturelle des sites touristiques phares de la région notamment la casbah de Taourirte, l’oasis de Fint, le ksar Ait Benhaddou, les gorges de Toudgha, les ksars du Tafilalet et d’autres, démentent la prospérité collective tant prétendue. La population de ces zones n’est plus qu’un élément d’un décor qui se fragilise de plus en plus. Elle est objet des expressions stéréotypées qui camouflent une réelle misère humaine : « mille et une kasbah, Hollywood de l’Afrique, chez les berbères… ».

Les éléments qui composent l'identité singulière des territoires, véritable richesse de la région et fer de lance de son progrès, ne sont pas mis en valeur comme il le faudrait : les casbahs et ksours sont en délabrement ou restent des ghettos d’une population défavorisée, les oasis et les palmeraies sont laissées pour compte, l’artisanat n’est pas bien commercialisé. La tradition musicale, artistique et vestimentaire, est folklorisée à outrance. Les atouts naturels en l’occurrence les lacs, vallées, montagnes et déserts, sont amoindris par des approches de découverte limitées et répétitives. Le produit touristique spécifique à la région n’est pas clairement identifié ni harmoniesement présenté. Sa mise en communication est médiocre voir disparate.

Le lac El Mansour Eddahbi par Abdellah Azizi pour almaouja.com

Le tourisme comme partie d'une politique intégrée de la région

Or le tourisme peut remplir un rôle crucial dans la croissance du territoire et dans l’amélioration du niveau de vie de la population. Une refonte du tourisme s’avère vitale pour toute la région. Ce constat est dicté par de nombreux facteurs. Le premier de ces facteurs est l’émergence d’un nouveau touriste avec des femmes et des hommes à la recherche de nouvelles valeurs. C’est l’apparition d’un touriste-citoyen avec une conscience éthique et écologique, très sensible à la qualité de vie des habitants et de leur environnement de vie. Le développement du tourisme ne concerne pas seulement des professionnels du secteur. C’est une composante forte d’une politique intégrée de la région. Les acteurs publics ont une responsabilité considérable dans l’essor du tourisme. Il s’agit d’aménager leur territoire d’influence à travers une mise à niveau des espaces verts, des places publiques, des gares routières, du transport collectif, de la voirie publique et tout autre élément relatif à l’image des territoires et à la qualité de l’environnement de vie. Dans ce cadre, l’animation des territoires est, elle aussi, à renouveler. Loin des festivités populistes et de masse, il s’agit d’innover en matière d’événementiel de façon à valoriser et à bien communiquer le produit touristique de la région à travers les salons, les foires, les conférences, les portes ouvertes… d’où la nécessité de réorganiser les coopératives artisanales et les associations dans une approche participative qui mobilise toutes les forces du territoire régional.

D’un autre côté, le flux des touristes ne doit pas entrainer une assimilation de la culture occidentale chez les habitants. Ce qui menace d’une déculturation qui détériore l’environnement naturel, social et culturel de la population. Les pratiques anciennes qualifiées d’agressives s’efforcent de dénaturer le milieu humain et de donner une fausse image au touriste. Les habitants et leur mode de vie sont alors placés dans un décor faussement reconstitué dans l’imaginaire du touriste pour créer « un exotisme » vide de tout sens. Pire, l’habitant est humilié à travers la commercialisation de sa misère et l’indifférence vis-à-vis de ses droits de citoyen. Son humanité est bafouée. Il devient un simple objet de spectacle. Alors son intimité est transgressée sans aucun égard comme l’illustre les photos de femmes, d’enfants et d’hommes défavorisés. Or le principe exige l’instauration d’un échange, d’une réciprocité et d’un véritable partage entre deux cultures : celle du touriste, visiteur et celle de l’habitant, accueillant sans consacrer ou perpétuer, consciemment ou inconsciemment aucun rapport d’infériorité. C’est une nouvelle valeur. Celle de faire vivre le territoire tel quel au touriste qui doit être considéré comme un habitant.

La palmeraie de Skoura par Abdellah Azizi pour almaouja.com

Côté communication, il faut démarquer le territoire des autres régions. Mettre en avant un marketing de l’offre touristique spécifique à la région qui sera sa marque très visible au Maroc et à l’étranger. Ce positionnement permettra d’offrir une carte claire avec une lisibilité facile pour différencier le produit du territoire. Sans rien simuler, le vrai est à mettre en avant. Dans cette dynamique de renouvellement, une remise en question des méthodes de travail mises en œuvre s’avère primordiale. Le tâtonnement, le chacun pour soi et la fermeture ne feront que retarder le développement de la région en matière de tourisme. D’où l’intérêt de travailler en synergies locales et régionales voir même de créer une solidarité et une concertation interrégionale entre professionnels, acteurs publics et privés ainsi que la société civile. Ces intelligences collectives sont la véritable dynamo du tourisme dans la région.

L’essor d'un nouveau tourisme dans la région Sud-Est du Maroc s'inscrit dans les nouveaux modèles de développement basés sur de nouvelles valeurs : l’innovation, la conscience, la citoyenneté, la durabilité, le vrai et l’originalité. Ce tourisme renouvelé devient ainsi un secteur économique performant car porteur de sens, d'un côté le sens du voyage et du déplacement chez le touriste et de l'autre côté le sens de vie et de l'accueil chez l’habitant.

 

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